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13/10/2003

Lombric

Ma vie est bien pénible. Personne ne m'aime, je suis le ver de terre.
 
Je ne suis pas beau, il est vrai mais est-ce une raison pour hurler de dégoût, lorsque non loin de vous, j'apparais? Vos cris me font si mal au coeur que je m'efforce de rester caché afin de ne point vous offusquer. Mon existence en sous-sol est austère et mes jours tellement tristes, qu'à chaque averse, je sors noyer ma peine dans les flaques du sentier. Votre jardin est ma demeure mais je ne m'y sens à l'aise que camouflé, loin de vos regards épouvantés. Il me serait si agréable, qu'à l'image du papillon, de la coccinelle ou de la libellule, vous me remarquiez.
Hélas, je ne sais que ramper. Est-ce pour cette raison que vous me rejetez?
Sous les pierres, je rève en secret de votre regard admiratif, de votre main tendue, de votre sourire reconnaissant de me voir habiter à vos côtés.
Madame, afin que vous compreniez tous mes désirs, ce matin, je m'offre à vous malgré le beau temps. Mon teint n'en sera que plus beau, mon corps plus élégant.
 
Vous avez traversé le jardin, sans même m'apercevoir.
On ne remarque pas un ver de terre qui sèche au soleil...




Écrit par Hollynx   |     |   |   5 passage(s)

Commentaires

Multiplication Tous les gosses savent que, lorsqu'on coupe un ver de terre en deux, on en obtient ... deux autres (on disait que). Que se passerait-il si (pure hypothèse) on découpait à nouveau chaque moitié en deux, et ainsi de suite? Faudrait-il en arriver à des lombrics monocellulaires ? Vision d'apocalypse d'une Terre (voir Post précédent) peuplée de moitiés de moitiés de billions de vers de terre.
Cela n'enlève rien au charme de ta poésie, Hollynx.

Écrit par : koogar | 13/10/2003

coucou Salut Joelle c Vivi pas mal ton site félicitation le mien est remis a jour a + bisous...

Écrit par : Vivi | 14/10/2003

Votre obligé Merci, Hollynx, de cette marque de sympathie.

Écrit par : koogar | 15/10/2003

T'as d'beaux yeux, tu sais ! Bravo pour tes images.
Bientôt avec un lien ?

Écrit par : koogar | 15/10/2003

Le mythe de l'androgyne Pour prendre le revers de la proposition théorique de Koogar, je voudrais rappeler le mythe de l'androgyne tel qu'il figure dans le Banquet de Platon (ce qui n'est, au fond, qu'une extension en sens inverse de la théorie de Koogar). Je n'ai pas le courage de rappeler ce mythe, bien connu de tous, selon lequel l'homme et la femme dériveraient d'un être unique, l'androgyne, porteur de l'un et l'autre sexe. A l'opposé de la vision apocalyptique d'une inlassable succession de scissions de vers de terre (qui aboutit au domaine de l'INFRA : c'est de la micro-biologie), correspond sans doute un mythe chargé positivement (du domaine du GIGA : c'est de la macro-biologie) en vertu duquel existerait un état primordial, lieu de la totalité originelle, où il n'existerait qu'un seul ver de terre. D'une taille imposante, indicible, à laquelle l'humain n'a pas accès (le tout ne peut se penser car l'esprit ne peut penser le non-subsumable). Et tous les vers de terre ne seraient que les fragments éparpillés d'un ver de terre primordial, inaccessible, réduit à l'éclatement au terme d'une série de scissions. Est-ce parce qu'il est connoté si négativement que le ver de terre n'est pensé qu'en termes de morcellements, et non d'unité ?

Écrit par : Tanguy | 15/10/2003

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