29/10/2003

Patate

Patachon et Patapouf étaient deux bons amis. Un jour, Patapouf vint trouver Patachon. Il en avait gros sur la patate car la plante de la famille des convolvulacées, que lui avait offerte son voisin, dépérissait à vue d'oeil. Jamais, il ne pourrait faire la récolte de ses patates douces!
Ils allèrent sonner chez Patas, le sage du village mais le singe pleureur se perdit en des patati patata larmoyants, n'aidant en rien nos deux compères qui reprirent la route, silencieusement. Chemin faisant, ils rencontrèrent Monsieur le Maire, un vieillard pataud mais de bon conseil. Patachon s'amusa à lui décrire, joyeusement, l'état du végétal moribond, tandis que Patapouf, très ému et maladroit, comme à l'accoutumée, ne trouvait pas ses mots pour exprimer sa peine à assister, impuissant, à l'agonie de sa plante bien-aimée. De ses doigts boudinés, le maire remonta ses lunettes sur son nez. Il prit une large inspiration et regarda tour à tour Patachon et Patapouf, quand tout à coup, patatras, une énorme branche se détacha de l'arbre le plus proche et vint frapper le vieillard à la tête avant même qu'il ne put prononcer une parole. Il gisait inerte sur le chemin, les cheveux en désordre, devant l'air ébahi de Patachon et Patapouf qui ne surent jamais comment sauver la plante de la famille des convolvulacées offerte par le voisin.
L' histoire ne dit pas si elle survécut.
Il m'arrive de passer par là, de traverser ce petit village des songes, au pays de l'imaginaire. Si vous y allez à votre tour, faites le détour par la maison de Patapouf, vous y sentirez, peut-être, l'odeur douce des patates cuites au feu de bois...
 
"Le merveilleux doit arriver à être aussi simple que le serait, pour un enfant qui aurait vu fondre du sucre dans l'eau, la surprise de ne pas fondre dans son bain." COCTEAU. 
 
 (d'après un mot de l'hebdo-jeu)
 
 
 
 


Écrit par Hollynx   |     |   |   3 passage(s)

26/10/2003

Fruit

Le fruit défendu nous a reconnu.
Je n'aime pas la salade de fruits.
Orange, raisin, banane et kiwi.
Le fruit défendu nous a retenu.
Je n'aime pas les fruits en boîte.
Poire, fraise, mandarine et datte.
Le fruit défendu nous a perdu.
Je n'aime pas les fruits secs.
Pistache, noix, noisette et cacahuète.
Le fruit défendu nous a pendu.
Je n'aime pas les fruits confis.
Cerise, citron, ananas et pomme d'api.
 
Le fruit défendu, l'avez-vous reconnu?
C'est ma liberté. Ma liberté de m'exprimer,
Sans framboise ni groseille.
 




Écrit par Hollynx   |     |   |   3 passage(s)

19/10/2003

Mot

J'ai perdu "dodu"! Dans le dictionnaire, il n'est plus. Où est passé "dodu"?
A-t-il roulé sous la table? A-t-il sauté dans une fable?
J'ai les nerfs en boule, "dodu" est dans la foule.
Son voisin "dodo" est K.O. et le "doge" en éponge.
Où est passé "dodu"? A l'appel, il ne répond plus.
Il a quitté sa page, laissant sa définition sans message.
"Bien en chair, potelé" s'écrie: "On a volé mon adjectif!"
Le numéro de page proteste: "C'est une fugue, sans conteste."
"Regardez, il a emmené son "e.""
"S'il a emmené son "e", c'est une histoire d'amour", ajoute quelqu'un.
"Où donc se cache mon "dodu" avec sa "dodue"?
"Ne hurlez pas de la sorte", se fâche Larousse quand une petite voix, derrière la porte:
"C'est moi qui l'ai, je l'ai simplement découpé.
DE-COU-PE?
"Regardez comme il est beau..." et l'enfant agite bien haut sa leçon d'orthographe.
 
 



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16/10/2003

Godasse

-Une vieille godasse, c'est dégueulasse.
Ou c'est cocasse, avant la casse.
-T'as vu mes chaussures, pleines de déchirures?
Quelles aventures à raconter, c'est sûr.
-Moi, j'aime pas les souliers.
 En Afrique, je suis routier.
Je n'ai que mes pieds et ça ne m'empèche pas de marcher!




(BONUS cette semaine: merci les microbes!)

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13/10/2003

Lombric

Ma vie est bien pénible. Personne ne m'aime, je suis le ver de terre.
 
Je ne suis pas beau, il est vrai mais est-ce une raison pour hurler de dégoût, lorsque non loin de vous, j'apparais? Vos cris me font si mal au coeur que je m'efforce de rester caché afin de ne point vous offusquer. Mon existence en sous-sol est austère et mes jours tellement tristes, qu'à chaque averse, je sors noyer ma peine dans les flaques du sentier. Votre jardin est ma demeure mais je ne m'y sens à l'aise que camouflé, loin de vos regards épouvantés. Il me serait si agréable, qu'à l'image du papillon, de la coccinelle ou de la libellule, vous me remarquiez.
Hélas, je ne sais que ramper. Est-ce pour cette raison que vous me rejetez?
Sous les pierres, je rève en secret de votre regard admiratif, de votre main tendue, de votre sourire reconnaissant de me voir habiter à vos côtés.
Madame, afin que vous compreniez tous mes désirs, ce matin, je m'offre à vous malgré le beau temps. Mon teint n'en sera que plus beau, mon corps plus élégant.
 
Vous avez traversé le jardin, sans même m'apercevoir.
On ne remarque pas un ver de terre qui sèche au soleil...




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11/10/2003

Mappemonde

 

Il y a des jours où tout semble plus compliqué que d'autres. Ce matin, pleine d'entrain, je m'installe crayon à la main pour rédiger un petit texte sur la mappemonde. Le trou. 

A la place d'idées originales, des interrogations peu banales. Pourquoi, si la terre est sphérique, dit-on qu'on va aux quatre coins du monde ? Pourquoi Larousse déclare-t-il sans vergogne que la mappemonde est cette carte tristement plane qui représente les deux hémisphères du globe terrestre ? Ainsi donc, la terre ne serait qu'un globe qui, à la façon d'un globe oculaire, scruterait la galaxie, tandis qu'à sa surface des milliers d'êtres se battraient en quête d'un bonheur dérisoire. Au diable ces quatre coins, Larousse et ces idées carrées ! Pour moi, la mappemonde restera toujours cette boule magique qui, tranquillement, tourne sur son axe dans ma chambre obscure, diffusant au rythme des cinq continents une faible et chaude lumière. Je n'irai jamais au bout du monde, car de cette sphère parfaite on n'en voit jamais le bout.

 
 
 



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