Skynet blogs


03/01/2004

Pantographe

Saisissant mon pantographe, je me mis à contourner méthodiquement la forme qui se présentait à moi. Le masque de Toutankhamon. Ma main s'anima de façon automatique, tandis que mon esprit s'envolait par-delà les frontières. Je devins voyageur au bord du Nil, conquérant avide des Rois d'Egypte. En une fraction de seconde, tout devint soleil, sable et richesses millénaires. J'étais bien, en ce matin d'automne, la jeunesse du visage du pharaon éclairant encore davantage mon humeur.
J'avais découvert ce matériel de dessin ayant appartenu à mon père, quelques heures plus tôt, dans une boîte à chaussures rangée au pied de l'escalier. Perplexe, j'avais décidé de m'en servir afin d'occuper agréablement le week-end qui se profilait sans but. Le pantographe par hasard, Toutankhamon pour sa beauté, deux jours de congé, j'avais de quoi m'évader.
Le regard du pharaon me pénétra à l'instant où mon crayon en dessinait le contour. Il me sembla y percevoir de la vie. Une étincelle de vie. Un fragment d'existence. Je ne pris garde à ce détail et la mine de mon crayon bien taillée attaqua le nez du souverain. Une odeur d'épices exotiques chatouilla mes narines. Ma mère dans la cuisine nous préparait de la potée au chou et pourtant c'était un plat oriental que je visionnais sur la table familiale. Je souris à ce dérapage inconscient, mon imagination me jouant souvent des tours. Le pantographe dérapa lui aussi alors que je dessinais le contour de la bouche fine et muette du masque d'or. Cet accroc lui donna une moue boudeuse que je me mis à gommer au plus vite. Les va-et-vient de ma main firent grincer le bloc de dessin et je l'entendis murmurer. Ces lèvres soudées depuis des siècles de fil précieux se délièrent et se mirent à bouger, à se modeler, à me parler sans toutefois que je n'en saisisse un seul mot. Peu m'importait. M'armant à nouveau de mon crayon noir, je coiffai respectueusement le visage royal de sa parure divine et je me sentis pousser des ailes. De larges ailes. De puissantes ailes. Mes yeux devinrent vifs et perçants, mon nez et ma bouche ne firent plus qu'un et mes mots s'effacèrent pour devenir cris.
Et puis, je pris mon envol.
Planant majestueusement au-dessus de la Vallée des Rois, je me mis à la recherche des pyramides. Les courants chauds m'emmenaient de plus en plus haut, tandis que Kheops m'attirait et me happait inlassablement. Le choc fut terrible quand je m'y écrasai.
Ma mère était sur le pas de ma porte, mon pantographe s'était disloqué, la mine brisée, tachant au passage le regard pénétrant de Toutankhamon. L'appel pour le dîner, une potée au chou avait rompu le charme de ce dieu qui, quelques instants durant, m'avait initié à la vie de l'aigle royal. 

Écrit par Hollynx   |     |   |   4 passage(s)

Commentaires

... Pente au graff...

Écrit par : dyfuca | 03/01/2004

... La potée au chou ? Tiens, je ne connais pas...

Écrit par : movida | 04/01/2004

J'ai faim, tout d'un coup... La potée au chou frisé qu'il faut manger le mardi gras, pour ne pas être mangé (à son tour) des mouches, l'été.
Le chou rouge en potée avec saucisses grillées, juste pour le plaisir, n'importe quand. J'adore!
L'appétit vient en postant de tels commentaires. Sûr, j'en fais cette semaine. Tant pis pour la pente... aux kilos!

Écrit par : Hollynx | 05/01/2004

On s'en fout... Des kilos!

Écrit par : Aurélia | 05/01/2004

Les commentaires sont fermés.