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04/05/2004

Nature

Le ruisseau s'écoule lentement et se jette dans la rivière en des remous sensuels dans lesquels se prélassent quelques petits poissons foncés. Non loin de là, une truite téméraire saute et tente d'attrapper un insecte taquin qui, en un looping agile, s'envole vers la prairie voisine. Dans le pré, quatre ou cinq vaches ruminent à qui mieux-mieux sans remarquer l'air penaud du taureau qui rêve de meilleures aventures mais n'ose déranger ces dames en appétit. Quelques oiseaux gazouillent, un criquet se réveille, une tondeuse se met en route. Je suis bien. Sur un petit banc vert, repeint pour la saison d'été, comme chaque année, je profite de ce moment de bonheur à l'état pur. Le soleil réchauffe ma nuque et une légère brise caresse mes épaules et mes cuisses libérées des jeans d'hiver. Le temps s'écoule plus qu'il ne s'arrête. Les minutes tricotent sans même que je ne m'en rende compte. J'ai tenté de lire le roman de Bernard Tirtiaux que j'avais glissé dans la poche de mon gilet inutile mais ni sa quête, ni ses personnages moyennageux n'ont réussi à me distraire de ce spectacle grandiose. On n'écrit pas la nature.
 
L'instant d'après, sans crier gare, le ruisseau dévale dans la rivière en des remous sauvages dans lesquels se cramponnent quelques petits poissons effrayés. Non loin de là, une truite paniquée cherche à atteindre désespérément la touffe de roseaux qui évitera que le courant ne l'emporte dans la prairie voisine. Dans le pré, quatre ou cinq vaches pesantes meuglent les pattes dans l'eau tandis que le taureau, surpris, tombe dans la rivière. Les oiseaux ne gazouillent plus, sous le pluie battante, le criquet a disparu, la tondeuse a rejoint le silence du garage. Du petit banc, seul le dossier reste visible. Le soleil a fait place à de gros nuages noirs et le vent, en raffales, affole les branches feuillues qui frissonnent comme en automne. Le temps s'accélère plus qu'il ne passe. Les minutes se bousculent tandis, qu'à grandes enjambées, je rejoins le village voisin. Le livre de Tirtiaux prend l'eau dans la poche de mon gilet qui me sert désormais de parapluie improvisé. Les roulements de tonnerre et la lumière des éclairs accélèrent ma quète d'un abri, au sec.
Une odeur particulière s'élève du sol et des végétaux. Elle me grise et je ralentis le pas. Jetant à terre le gilet alourdi par le poids de l'eau et du livre détrempé, j'enlève mes sandales pour mieux marcher. Ce geste me donne des idées. Je déboutonne mon chemisier et fais glisser ma jupe sur le sol. J'écarte les bras pour mieux en profiter et je me donne toute entière à cette douche venant du ciel dont les gouttes alourdies s'écrasent sur ma peau. 

Écrit par Hollynx   |     |   |   9 passage(s)

Commentaires

si je puis me permettre tout est très beau
mais cette douche


n'aurait-on pu être moins belge, plus comment dire suave emprise que sais-je encore, s'offrir à la douche me semble si hygiénique ...

Écrit par : xian | 04/05/2004

Non, non... Une douche venant du ciel, grosses gouttes lourdes Sensuel ... pour l'avoir vécu ! Essaye.

Écrit par : Hollynx | 04/05/2004

... J'en ai été le témoin privilégié ;~)

Écrit par : (tu sais qui ...) | 04/05/2004

bonjour princesse...

comment te portes tu?

A bientôt.

Écrit par : poète guerrier | 06/05/2004

... bonne fin de semaine Hollynx...

Écrit par : Nicolas | 07/05/2004

"on n'écrit pas la nature" Très fort et très vrai... Pourtant, en quelques lignes, tu as su réveiller de ceux qui font partie des meilleurs moments de ma vie. Courir sous la pluie... et éclater de rire tandis que tout le monde se fait tout petit sous les toiles et les auvents. On dirait que le bonheur y ressemble...

Écrit par : ptitanne | 07/05/2004

les mots n'arrêtent pas de couler le log de nos vies...

Écrit par : poète guerrier | 08/05/2004

.... Xian, tu exagères... :))))

Écrit par : movida | 09/05/2004

merci merci de ton passage et merci pour ton compliment

Écrit par : carole | 09/05/2004

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