30/06/2004

Visage

Le vent se lève.
Les arbres du jardin s'agitent faisant frissonner leurs feuilles et s'envoler les oiseaux. Je suis du regard leur envol et j'aperçois le ciel que la brise, amoureuse, caresse tendrement.
Le vent flirte avec les nuages en des mouvements artistiques, qu'indiscrète, j'observe de mon balcon. Qu'il est bon d'ainsi découvrir ces formes moutonneuses aux reflets familiers!

J'y découvre un énorme gâteau dont la crème Chantilly s'étale des deux côtés. Trois nains de jardin viennent y tremper le doigt, sous l'oeil attendri d'un vieillard à la barbe blanche qui s'approche, timide, d'une jeune fille à la robe vaporeuse. Deux petits moutons viennent à passer. Ils sautent dans d'énormes tas de neige qui s'étalent à leur tour et détalent mousseux, tandis qu'un nuage d'ouate s'élève plus haut encore.
La brise fait tourbillonner les poussières de l'allée. Je baisse les yeux l'espace d'une seconde et lorsqu'ils se posent à nouveau sur la toile du ciel, seule subsiste une légère esquisse. Elle s'étire lisse puis courbe, en des reliefs précis qui me rappellent le visage d'une femme. Le contour d'une joue, le creux d'un oeil, la proéminence d'un sourcil, l'ondulation de cheveux.
Flou puis de plus en plus net. En asymétrie puis en symétrie. En noir et blanc puis en couleurs.
Une harmonie de traits tout en finesse, un accord de tons tout en richesse. Je la vois, je la regarde, elle ne bouge pas. Un visage à nul autre pareil, mi-ange, mi-démon. Un visage aux proportions parfaites, presque réel, presque vivant. Une déesse, une mère, une soeur, une fille, une amie, une amante.
 
Une amante amarante, avec le jour qui décline. Une amante aimante avec la nuit qui arrive.
L'obscurité s'empare du visage. Il efface l'ondulation des cheveux, la proéminence du sourcil, le creux de l'oeil, le contour de la joue. Net puis de plus en plus flou. En symétrie puis asymétrie. En couleurs puis en noir et blanc.
En blanc.
En noir.


"... en des mouvements artistiques ... "   Cliquez visage


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27/06/2004

Marais

Seul, éperdu derrière les roseaux, vétu de nénuphars déchirés, camouflé sous un humide rideau, je ne cache qu'en partie ma nudité.
L'hiver m'a violé dans la brume et, claudiquant sous un vent violent, je noircis l'horizon de mes amertumes, pour un été et un printemps perdus.

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22/06/2004

FIN

Un beau matin, il est là. Tu ne sais d'où il vient. Tu ne sais où il va.
Il s'accroche, comme un insecte et il attend. Il attend son heure et il grossit.
Il se nourrit, tu ne sais pas trop bien de quoi et il grossit, petit à petit.
Il fait son nid, il semble dormir puis il s'étire et s'assoupit à nouveau.
Tu le vois sans le voir. Tu ne le sens pas. Tu sais qu'il est là.
Il est là, à l'affut. A l'affut de toi. C'est lui ou toi.
Et, tu combats. Tu ne le veux pas.
Alors, il se révolte et il s'en va. Il s'en va plus loin, laissant derrière lui de sa semence. Il refait son nid. Il se nourrit et il grossit.
Tu commences à le ressentir, un malaise, une fatigue. Tu le sais là et puis là.
Tu cherches à le réduire, à le détruire, à le mourir. C'est toi ou lui.
Alors, il se venge. Il te fait mal. Il t'affaiblit.
Il te prend tes jambes et tes sens. Il gobe ton sang, à son bénéfice.
Alors tu démissionnes à coeur défendant et tu lui cèdes ton corps pour l'éternité.

C'était au premier jour de l'été....

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20/06/2004

Bêtise

Il était une fois un petit garçon blond aux yeux noisette. Turbulent, il collectionnait les griffes, les bosses et les bêtises et ce, depuis toujours.
Antoine était son nom.
 
Doté d'une imagination hors pair, il ne ratait jamais une occasion de se faire remarquer, tant à la maison qu'en classe ou en rue. C'est la raison pour laquelle, tous les soirs, sa maman le sermonnait en espérant que la nuit ferait des conseils entendus une réalité.
Chaque jour avait son programme:
LUNDI, tu rentreras directement de l'école, sans traîner en chemin.
MARDI, tu éviteras de te bagarrer avec tes copains.
MERCREDI, tu passeras sagement l'après-midi chez mamy sans la mettre en colère.
JEUDI, tu ne t'éloigneras pas du prof de gym à la piscine, tu ne sais pas encore nager.
VENDREDI, tu n'oublieras pas de reprendre tes leçons à réviser pendant le week-end.
SAMEDI, tu ne quitteras pas la plaine de jeux sans autorisation.
DIMANCHE, tu nous laisseras dormir une heure de plus, la télévision est à toi tout seul.
Antoine entendait chaque semaine les mêmes recommandations pourtant, depuis la rentrée des classes il y avait à peine deux mois, il avait accumulé plus de catastrophes qu'il n'y avait de jours barrés sur le calendrier de sa maman.
Ainsi, un mercredi, sa mamy le découvrit en train de réchauffer les poissons rouges au bain-marie, prétextant qu'ils avaient froid. Il improvisa également un petit-déjeuner pour ses parents qui leur coûta cher car il confondit grille-pain et percolateur. Le grille-pain ne supporta pas l'eau du café !
Antoine était donc l'enfant casse-cou plus rapide que l'éclair et plus imaginatif que n'importe quel artiste célèbre.
 
Ce samedi-là, il prit le chemin de la plaine de jeux avec, au fond du coeur, les paroles de sa maman et de bonnes résolutions. Dans un premier temps, tout se passa bien. Il retrouva ses petits camarades mais très vite l'ennui l'envahit.
"Tu ne quitteras pas la plaine de jeux sans autorisation - Ne suis jamais un inconnu - Ne parle pas aux personnes étrangères au quartier". Armé de ces paroles magiques, qu'il se répétait sans cesse et certain d'être protégé d'une armure contre toute épreuve, Antoine s'aventura dans la jungle du parc public. Qu'il était donc agréable de courir libre parmi les allées sinueuses, de faire peur aux pigeons, de surprendre les amoureux, de faire des ricochets dans l'étang tout proche. Mais là aussi, l'ennui envahit rapidement Antoine qui décida de retourner auprès de ses copains restés dans le bac à sable ou auprès du toboggan de bois. Revenant sur ses pas, il se trouva face à plusieurs chemins. Diable, lequel choisir? Celui de gauche? Celui de droite? Remonter en arrière de ce gros chêne ou contourner ce saule pleureur à moitié mort.
Antoine les essaya tous, en vain. A chaque tentative, il se retrouva au carrefour de l'étang, la peur au ventre car le soir commençait à donner au décor qui l'entourait des allures diaboliques.
Désespéré, le petit garçon s'assit sur le sol, le dos contre un platane sympathique, la tête entre les bras. Pour la première fois de sa vie, il se mit à pleurer de peur. Il pensa à sa maman, persuadé qu'il ne la reverrait plus car, une fois de plus, il avait désobéi. Il entendit des crissements suspects, il vit des ombres étranges, il sentit des présences: le parc prenait des allures maléfiques qui le saisissaient des sentiments les plus horribles.
 
Soudain, il poussa un hurlement horrible: une main venait de se poser sur son épaule. Une voix se détacha du silence. Antoine ferma les yeux, certain qu'il allait mourir. 
Une caresse familière sur la joue le ramena rapidement à la raison: il avait reconnu sa maman. Il lui sauta au cou et jura qu'on ne l'y prendrait plus: désormais, il suivrait les conseils du soir.

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17/06/2004

Cahier

Ma relation avec les cahiers a toujours été priviliégée. Je pense sincérement pouvoir parler d'amour. Un amour complice, un amour passion.
 
Tout a commencé quand j'avais six ans. Une rentrée des classes comme nous l'avons tous connue, avec ses découvertes, ses surprises, ses peines et ses joies.
Ce jour-là, on nous remit une latte en bois, un crayon noir à fière allure, une gomme prometteuse et une mallette de cuir brun, le tout sentant bon le neuf.
Ensuite, la maîtresse distribua à chacune ( à l'époque, l'école primaire n'était pas mixte ) une pile de cahiers dont la couverture aux couleurs passées: brun, vert ou rouge dévoilait d'une part, la marque de fabrication et d'autre part, les tables de multiplications qu'il nous faudrait apprendre.
Ces cahiers lignés, quadrillés et doubles lignes nous accompagneraient durant toute une année, nous avions donc pour consigne d'en prendre le plus grand soin.
Je me souviens avec quelle fierté j'ai ouvert l'un d'eux, ai passé mon index hésitant sur l'arête pour qu'il reste ouvert, ai caressé le papier immaculé de la première page avant d'y poser la pointe de mon crayon et tenté la copie de ce qui serait le début d'une grande aventure.
A l'époque, nous avions la méthode globale et ce n'est pas sans mal que j'écrivis: "Arlette porte sa mallette" en préface à tous mes futurs écrits.
Comme devoir, nous devions couvrir et étiqueter les cahiers mais également copier trois fois cette phrase curieuse pour une première approche de la langue française écrite. Madame Debruge passa entre les bancs et d'une main ferme nota 3X en grand et en rouge dans la marge de mon cahier neuf. Elle viola ainsi mon intimité et je lui en voulus longtemps d'avoir ainsi gâché ma première page.
Il y eut les cahiers ordinaires qui connurent le crayon, la plume et l'encrier ( et oui, je suis de cette génération! ) la gomme à l'encre qui trouait le papier et enfin le stylo, bien plus confortable pour la petite fille gauchère que j'étais. Au fil des années, les cahiers devinrent des Atomas, des cahiers à spirales, des classeurs et des fardes épaisses.
De nos jours, je reste fidèle aux petits cahiers de mes six ans. J'adore les choisir au supermarché. Plus besoin de les couvrir, de talentueux artistes se sont chargé de les décorer. Chaque nouvelle écrite de ma main a son exemplaire propre et je ne sais combien de cahiers j'ai commencé pour y écrire des textes, des répertoires et une multitude de recettes de cuisine.
Je ne peux me passer d'écrire les mots sur le plan horizontal qu'est le cahier que je remplis avidement de mon empreinte toute personnelle: mon écriture.
L'heure des claviers et des écrans a sonné, je sais mais je reste à l'ancienne avec le bic, la pression de ma main déformant le verso de la page, les ratures, les annotations et les gribouillis, de-ci de-là.
 
Tous ces textes que vous lisez sur mon blog ont une histoire: ils ont été écrits sous un arbre, dans ma baignoire, au bureau, chez une copine ou sur une terrasse. Je prends plaisir à sentir les mots naître de mon bic en de grands mouvements sur le papier de mon enfance puis, refermant le cahier, je leur offre la liberté via le clavier.
 
 
 
Petite séquence tendresse, cliquez cahier

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12/06/2004

Papillon

De jour ou de nuit, tu virevoltes et te poses sans bruit sur la fleur du jardin ou l'abat-jour du salon. Tes ailes de papier sont si fragiles que tu les déploies au premier mouvement car de les toucher du doigt réduirait en poussière les écailles qui les composent et te ferait mourir, faute de voler.
Ta parure colorée anime mes parterres tandis que ta robe grise attriste mes soirées d'une danse lancinante, autour de mes lampes.

Chenille, tu inspires la répulsion.
Chrysalide, tu provoques la curiosité.
Papillon, tu engendres l'admiration.
Trois sentiments pour trois états.

Nul ne te craint, nul ne te traque, on te regarde ou l'on te plaint de n'avoir une vie plus longue.
Viens donc te poser sur mon épaule, chuchote à mon oreille, dis-moi que l'été prochain sera pareil à celui-ci et que nous nous retrouverons sous le soleil.
Tu agites les antennes. Serait-ce en guise d'acquiessement?
Tu étends les ailes. Pourquoi cette subite méfiance?
Attends!

Attends... mais déjà te voilà dans le jardin du voisin.
Papillon du jour, méfie-toi des filets gloutons, ils auraient vite fait de t'avaler.
Papillon de nuit, n'approche que prudent la lumière, elle prendrait plaisir à te brûler les ailes.
Un signe de la main et tu reviens, tu frôles silencieusement mon oreille, plus léger que l'air et tu te poses sur le bord de mon assiette. Quel drôle de face-à-face, l'humain face à l'insecte!
Plus un millimètre de moi ne bouge, je te découvre. Ta petite tête est inclinée et tu sembles me regarder. Tu réunis tes ailes en une fine dentelle et tu restes là, immobile, en confiance.
Quelques minutes s'écoulent puis, le temps s'arrête: tu viens de me sourire.

Il est de ces moments rares et privilégiés de l'existence où, face à un tout petit, on se sent vraiment minuscule.
Une porte qui claque, un cri d'enfant, une tondeuse qui démarre, un tracteur qui tousse, te voilà reparti pour d'autres horizons et je me retrouve seule, face à mon repas froid.
Frèle papillon, tu m'as donné des ailes, bonne route.
 
Petite surprise-tendresse, cliquez papillon

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09/06/2004

Usure

Jadis, j'explorais l'océan jour après jour, ignorant ses contours.
Je nageais dans le bleu, croyant être heureux, rassuré par la côte seul à marée haute.
Puis l'érosion effaça petit à petit le rivage et rendit plus pénible le voyage.
La marée se fit basse et j'ai rangé ma besace.
Ce fut un beau voyage pastel puis gribouillage.
Jamais je ne l'oublierai, malgré tous mes regrets.

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05/06/2004

Carte

Tremblante et malhabile, une jeune enfant voulait d'un jeu de cartes construire une demeure résistante. Elle s'y prèta si bien, qu'à la fin, les chiffres, images et personnages se donnèrent la main et jouèrent la comédie de son âge.
" 2, 3, 4, fermez les murs!" hurla l'as de pique, le nez en l'air.
Il ajouta: " Que le 5 devienne porte dure. 8, 9, 10, dansez en premier et que, par la fenêtre, le coeur entre. Vous, le trèfle, les murs renforcez. Les carreaux, tous ensemble. Valets en cuisine, dansez, chantez, riez, le Roi et sa Dame sont de retour. Les trois as, courez à l'officine, les Maîtres arrivent."
La fillette, émerveillée, regardait  tout ce monde s'agiter quand soudain le Roi entouré de sa cour franchit la porte du bonheur retrouvé.
Un bal suivit un copieux repas et ce n'est que très tard que le couple royal se coucha, fourbu de tant de faste, tandis que les valets fermaient toutes les fenêtres et soufflaient les bougies dont l'odeur âcre enveloppa la petit fille.
Un souffle léger, à peine perceptible mais qui laissa sur la table un tas de cartes désuettes et muettes que la fillette, déçue, rangea dans leur boîte déformée.  


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02/06/2004

Pluie

Le ciel déploie sur la ville ses chapelets de gouttes en déroute.
Deux corps, n'ayant de pudeur que l'ombre d'un porche, cachent à tous leur mystère: deux regards plein de fièvre, quatre mains qui se cherchent, en attendant que la pluie cesse.
Une escale inattendue de bonheur où, pour la première fois, ils inventent l'amour.
Deux corps humides de jeunesse, partageant la moiteur d'une soirée d'orage et jouissant de la folle ivresse de l'attente qui fut la leur avant cet échange de gestes clandestins, cadeau de la vie à l'accent d'une averse.

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Balle

Une balle se trimballe sur la route, en déroute.
Une allumette désuette la regarde, par mégarde.
L'allumette, très coquette, se dressa comme un roi
Et la balle, magistrale, l'avala de guingoi.

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