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07/07/2004

Fraise

En ce marché dominical, j'hésitais à choisir mon dessert. Quelle fraises acheter? Celles de Tihange? D'Espagne? De Wépion? D'Israël? Ou encore celles des bois, plus savoureuses, il est vrai.
 
Ce matin-là, plus fraîches les unes que les autres, avoisinaient des grosses, des petites, des belges, des importées, en barquettes, en raviers d'argent ou de plastique.
Soudain, mon regard se posa sur un carton éventré d'où avaient roulé deux énormes fraises dodues, un rien trop mûres.
Ce que j'entendis alors attira mon attention.
 
- Voyez-vous ma chère, c'est cela que je reproche aux marchés d'aujourd'hui...
- Quelle promiscuité, vous l'avez dit! Et quelles manières: se rouler ainsi sur la table...
- Que voulez-vous, rien n'y fait, pas même notre valeur marchande en hausse.
- Mais, regardez ces façons! Elles roulent tant elles sont grosses et quelle vulgarité d'étiquettage!
- Il n'y a pas à dire, mis à part leur nombre sans cesse croissant, les petites sont quand même moins hardies.
- Moins hardies? Mais qu'attendre d'un nombre pareil? C'est que... entre nous... cela gigote dans le ravier et à la première occasion, c'est la fuite du panier.
- Croyez-vous? Quelle époque...
- Que pouvons-nous attendre de ces demoiselles, elles vont droit à la confiture. Et ces filles dodues, elles n'attendent qu'à se rouler dans le sucre.
- Pensez-vous? Quelle horreur...
- Sans compter celles qui finiront au fond d'un sachet de congélation.
- Mais, quelle époque!
- Vous savez, je leur donne des circonstances atténuantes. Pensez donc, élevées en serres et manipulées par de grosses mains rapeuses. Sans parler des douches froides déversées à coups d'arrosoirs maladroits.
- Evidemment... Rien à comparer avec la caresse des rayons du soleil tamisé qui nous taquinent et les goutelettes de pluie filtrée qui nous chatouillent.
- L'ombre amoureuse des arbres, la tendresse et la délicatesse du connaisseur en cueillette...
- Vous parlez d'une cueillette! C'est à peine si nous ne tombons pas entre ses mains, hi-hi!
- Allons, ma chère, avouez que ces filles font peine à voir.
- Que voulez-vous, tout dégénère!
- Et la venue de toutes ces étrangères. Tenez, avant, ça parlait français. De nos jours, écoutez ces commères, elles parlent l'espagnol. Vous voyez ces cajots douteux?... Il en dépasse des étiquettes illisibles, en hébreu ou quelque chose comme cela.
- Franchement, on n'est plus chez soi!
- C'est cela l'ouverture des frontières...
- Pensez donc!
- Regardez. Regardez tous ces badauds, ils préfèrent les corps bouffis et rougis à nos lignes élancées et sauvages. Deux coups de dents et ils éclateront d'eau et de chair molle.
- C'est insoutenable, dites-moi... Finir en deux coups de dents?
- Que voulez-vous, ma chère, tout le monde ne peut finir au palais d'un connaisseur.
 
A ces mots, n'en croyant pas mes oreilles, je choisis un régime de bananes à l'échoppe voisine.

Écrit par Hollynx   |     |   |   8 passage(s)

Commentaires

°°° Quelles commères ces fraises là, on dirait des concierges... :-))

Écrit par : Neige | 07/07/2004

... B'jour Hollynx....sais pas quoi dire...pas envie de fraises mais de moules marinières avé des frites à 6 hrs du matin...mais j'ai de ces rêves irréalisables :-)))))

Écrit par : sioran | 08/07/2004

Sioran Tes désirs sont des ordres.
Clique sur les yeux (blog Regard) :-)

Écrit par : Hollynx | 08/07/2004

:o) quelle époque!
non mais!
franchement!

Écrit par : tgtg | 08/07/2004

.... Je ne me rappelais plus qu'il y avait des cultures de fraises en Israël.... ;)

Écrit par : movida | 08/07/2004

°:° Peut-être un peu radioactives, ces fraises-là :-(

Écrit par : pH | 09/07/2004

... excellent WE à toi Hollynx... :-)

Écrit par : Nicolas | 10/07/2004

Hum... Je ne regarderai plus jamais mes fraises de la même façon.
Bisous

Écrit par : Aurélia | 10/07/2004

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