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21/09/2004

Habitude

Marchand de pianosDes fils d'argent garnissent désormais vos boucles sombres, vous passez devant chez moi tous les matins depuis bientôt vingt ans, une petite mallette à la main. Jamais un pas plus rapide que l'autre, jamais un regard oblique, jamais un geste de courtoisie. Vous marchez. Tête basse, vous marchez vers ce travail qui ne semble pas vous permettre de fantaisie vestimentaire.
Ma tenture me camoufle depuis toutes ces années afin de mieux vous guetter lors de votre passage quotidien. Pourquoi mes yeux n'ont-ils jamais eu l'audace de croiser les vôtres?
Déjà neuf heures et votre pas n'a pas encore retenti. Seriez-vous malade? Jamais vous n'avez été en retard.

L'anxiété paralyse mes doigts qui, depuis plus de quarante minutes, maintiennent le rideau ouvert. Où êtes-vous? Qui êtes-vous?

Cela fait un long moment que je vous suis. Vous n'avez rien remarqué car je m'efforce de ne pas faire de bruit.
Après votre absence de ce matin, j'ai fait le tour du quartier dans l'espoir de vous apercevoir. Le hasard a conduit mes pas vers ce parc où vous lisiez à l'ombre d'un marronnier. Ainsi donc vous aviez congé!
J'ai patienté tandis que vous terminiez votre roman. Maintenant, nous marchons, proches l'un de l'autre, étrangers. Je sens votre parfum, j'entends votre respiration forte car vous semblez soudain accélérer le pas. Vous avez froid.
Afin de croiser votre regard, je vous dépasse et, attentif à ne pas vous perdre, je me précipite au coin de la rue où je me poste contre le mur pour que, tout entier, vous me découvriez.
Le vent s'étant levé, je remonte sur moi le col de mon vieux manteau rapé. Des papiers de toutes sortes volent à mes pieds car nous habitons un endroit de la ville où la propreté ne règne pas et où il ne fait pas bon se promener seul, le soir venu. Vous voilà.

Je vous aperçois. Pour la première fois, je suis à vos côtés. Vous êtes plus petite qu'au travers de ma fenêtre. Mon coeur bat la chamade car vous venez de ralentir le pas. Vous vous arrêtez. Vous me regardez de vos yeux bleus lavande marqués par le temps. Votre main se tend vers moi et j'y aperçois une pièce tandis que votre voix murmure: "tenez, mon brave, je ne puis vous donner davantage: depuis vingt-quatre heures, je suis à la retraite..."

Écrit par Hollynx   |     |   |   6 passage(s)

Commentaires

.... Superbe....et merci... :)

Écrit par : promethee | 21/09/2004

K-) Contente d'avoir lu ces lignes avant de m'envoler vers d'autres cieux.
J'emporterai une image de toi, et de ce très beau récit.
Bises.

Écrit par : Katty | 21/09/2004

C'est une belle histoire..:-)

Écrit par : sioran | 22/09/2004

sous les notes de l'adagio je suis venu te lire ...
elle me fait penser que cela aurait pu être moi ....!!!!

Écrit par : aramis-le-rimailleur | 22/09/2004

:-) *émotions*

Écrit par : tgtg | 22/09/2004

roman un roman
le début
je suis déjà entrée dans une autre dimension
merci!

Écrit par : élise | 26/09/2004

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