28/11/2004

Chewing-gum



« Philippe, votre chewing-gum ! ».
Les yeux de madame Casale lançaient des flammes de colère. Je connaissais le règlement qui stipulait l’interdiction de manger en classe, cependant, je mastiquais depuis le début du cours.
J’étais gourmand à l’époque mais c’était un chewing-gum aux fraises qui faisait mon bonheur, ce jour-là. Je l’avais échangé à la récré contre deux punaises fluo, dernière mode, et l’institutrice voulait que je le jette à la poubelle !
« Philippe, êtes-vous devenu sourd, voilà trois fois que je vous demande de jeter ce que vous avez en bouche… ». Elle s’approcha de moi, menaçante, et c’est la mort dans l’âme que je rejoignis la corbeille à papiers pour y cracher ce délice.

Madame Casale n’arrive jamais en retard à l’école. Pourtant, ce matin, c’est quatre à quatre qu’elle gravit les escaliers menant à sa classe où nous l’attendons en silence. C’est probablement ce silence qui la sort de sa précipitation.
Je suis au premier rang. Notre institutrice s’installe et, tout à coup, vingt-quatre bouches, soit quarante-huit mâchoires, se mettent à mastiquer du chewing-gum à l’unisson.
Une odeur écoeurante s’élève vers l’estrade où a pris place madame Casale qui, les yeux écarquillés, n’esquisse aucun mouvement, la respiration au ralenti.
Le bruit s’amplifie, l’odeur étouffe, l’institutrice recule dos au tableau, la panique dans le regard quand, soudain, de la bouche des vingt-quatre élèves jaillissent d’énormes bulles informes et mouvantes. Certaines grossissent à perte de vue, d’autres éclatent prématurément, tandis que les enfants musent une sordide mélodie d’un autre âge.
Madame Casale s’effondre en larmes.
Le silence est revenu. Un gamin se lève et se dirige vers la poubelle, suivi de vingt-trois autres qui regagnent ensuite silencieusement leur place respective, sans avoir quitté des yeux leur institutrice complètement perdue, tentant en vain d’ouvrir son livre à la bonne page.
« Nous étions à la page 32, madame… », dis-je d’un ton faussement protecteur.

L’histoire ne nous dira jamais où était la part de rêve et de réalité. A vous de faire votre choix…

Écrit par Hollynx   |     |   |   9 passage(s)

20/11/2004

Monde

Le monde tourne en rond.
La terre tourne en rond.
Nous tournons en rond.
Ronde sans fin, ronde d’humains, ronde de terriens.
Ronde sans nom, ronde des nations, ronde sans prétention.
Mers et pays se donnant la main.
Blancs et noirs dans le même bain.
Tous en quète du même chemin.

Je tourne en rond, ronde sans lendemain.
Ronde sans ambition, satisfaite de mon destin.

Écrit par Hollynx   |     |   |   14 passage(s)

15/11/2004

Pourquoi

Vole, vole l’oiseau.
De branche en branche, d’arbre en arbre, d’arbre en toit, de toit en clocher et de clocher en village, toujours plus haut, toujours plus loin, libre.
Libre de quoi ?

Marche, marche l’homme.
De rue en rue, de quartier en quartier, de quartier en ville et de ville en pays, toujours plus vite, toujours plus loin, prisonnier.
Prisonnier de quoi ?

Et l’homme qui marche capture l’oiseau qui vole.
L’homme prisonnier enferme dans une cage l’oiseau libre.
L’homme vole à l’oiseau sa liberté.
Pourquoi ?

Écrit par Hollynx   |     |   |   6 passage(s)

12/11/2004

Blabla

L’Amitié avec un grand A
C’est de l’amour avec un petit a
C’est comme ça, abracadabra.

L’ambiguïté avec un petit a
C’est de l’Ambivalence avec un grand A
Troublant, abracadabran.

De B à Z, les autres lettres, ont-elles autant de pouvoir ?

Une à une, je les ai étudiées
Toutes, les ai rejetées.
Savez-vous pourquoi ?
Elles ne me ressemblaient pas.

Écrit par Hollynx   |     |   |   12 passage(s)

10/11/2004

Demain

Demain, que sera demain ?
Hier, demain me semblait tellement loin. Aujourd’hui, il n’en est plus rien. Demain est tout proche de moi, à mon seuil, à portée de ma main.
La relativité du temps : hier s’éloigne, demain se rapproche et pourtant je suis toujours dans le présent d’aujourd’hui. Ma ligne du temps va de l’avant, toujours plus vite, toujours plus courte. Courte devant. Longue derrière. Je suis le point qui progresse, qui roule de gauche à droite dans un perpétuel mouvement d’arrière en avant, d’hier à demain.

Que m’importe le passé que je connais ? Que m’apporte le futur que j’ignore ?
Pour calmer le temps, le temps qui galope, je me cramponne au présent.

Écrit par Hollynx   |     |   |   10 passage(s)

08/11/2004

L'ara qui rit

Xian commence un feuilleton policier sur http://xian.skynetblogs.be

Écrit par Hollynx   |     |   |   4 passage(s)

05/11/2004

Microbe

Je suis partout, votre vie est mon univers. Si l’été je somnole, aux premiers signes de frima, je me réveille avec entrain.
Je rampe sur les surfaces dures, je gigote dans les liquides, je m’enfonce dans les crevasses et je me cramponne sur les étoffes. J’adore l’humidité de vos aisselles, la chaleur de vos replis, l’intimité de votre bouche.

Vous ne pouvez ni me voir, ni me sentir, ni même m’entendre car la nature m’a fait si petit. Pourtant, je suis partout avec vous, sur vous, en vous.
Si vous saviez comme cela est triste de ne pas pouvoir communiquer avec vous qui partagez ma vie. Alors, dès que je le peux, je m’active afin que vous sachiez que je suis là à vos côtés. Je gonfle vos tissus, je rougis votre peau, je fais battre votre pouls ou encore je me loge au fond de votre gorge mais jamais vous ne semblez satisfaits de ces marques d’attention et vous cherchez à vous débarrasser de moi. Vous éternuez, vous toussez, vous expectorez, vous désinfectez, vous arrachez, vous opérez, vous arrosez de produits brûlants ou encore vous m’atteignez en plein cœur, par voie lymphatique ou sanguine, à l’aide de je ne sais quelle substance médicamenteuse.

Avez-vous déjà pris la peine de chercher à me connaître ?
Jadis, vous avez inventé un superbe instrument à cet usage et l’électronique vous apporte désormais la possibilité de me voir en couleurs, en trois dimensions, en mouvement ou en coupe transversale.
Si vous saviez comme j’aimerais être reconnu mais la nature est ainsi faite, je mets en péril votre vie et c’est vous qui, pour sauver la vôtre, à chaque occasion, m’assassinez : les microbes n’ont pas droit de vie dans le monde des hommes.
À chaque mutation, à chaque attaque, à chaque épidémie, vous réagissez. Parfois même vous anticipez. Le combat n’est pas équitable et c’est pourquoi, au bout du compte, nous nous avouons vaincus et disparaissons à tout jamais.

À moins que, quelque part, nous attendions notre heure, tapis dans une cellule congelée d’un pôle ou encore au fond de l’épuisette d’un chercheur fou…

Écrit par Hollynx   |     |   |   12 passage(s)

01/11/2004

Miroir


Avoir le courage de regarder en toi, quand nos yeux s’inventent des êtres.
Ne pas craindre ta vérité et d’une main avide briser ton horizon aride.
Au pire, préférer l’obscurité pour ne rien voir.
Eteindre la lumière et te plonger dans le noir.
Avoir le courage de regarder en toi et se découvrir soi.

Écrit par Hollynx   |     |   |   8 passage(s)