31/01/2005

Ombre

Par une superbe après-midi de juillet, je lisais dans le jardin.
Sur ma gauche, s’étendait une immense pelouse n’offrant que peu d’obstacles au soleil, qui s’en donnait à cœur joie pour m’inonder de ses rayons brûlants. Sur ma droite, se dressait une cabane de bois, ancienne caverne de mon enfance, désormais abri de jardin de la famille.
Mon ombre se dessinait sur la paroi et, amusée, j’y redressais mon chapeau ou j’y observais les pages en mouvement de mon livre.
Cela devait faire une heure qu’ainsi je profitais de ce moment de bonheur simple quand, soudain, je me sentis observée. Il n’y avait personne aux alentours et pourtant l’impression d’être épiée devenait de plus en plus forte.
Me redressant sur mon siège, je mis la main en visière afin de scruter les prairies du fermier voisin. Il n’y avait aucune trace de vie, aucun mouvement, rien mais cela ne me rassura pas car le sentiment d’être espionnée devenait palpable, comme si quelqu’un se cachait derrière un arbre, un buisson, la cabane.
La peur me saisit à un point tel que je me mis sur mes deux pieds en un bond si violent que ma chaise longue et mon chapeau basculèrent dans l’herbe.
Ce que je vis alors me sidéra : mon ombre était toujours assise, le chapeau enfoncé sur la tête, le livre bien calé sur ses genoux. Elle me regardait de ses yeux devinés et semblait me sourire d’un rictus malveillant. Ne reprenant qu’à moitié mes esprits, je m’enfuis à toutes jambes vers la maison.
Les cinq, six mètres qui m’en séparaient me semblèrent des kilomètres. J’étais persuadée qu’elle me poursuivait. D’ailleurs, je l’entendais fouler l’herbe sur mes talons. Elle allait me rattraper, me saisir un pied, me faire tomber, me dévorer peut-être.
Après avoir gravi d’un saut les trois marches du seuil, je ne me sentis en sécurité qu’une fois la porte fermée à double tour.
M’approchant de la vitre, je vis une ombre prendre, entre mon chapeau et mon transat restés sur le sol, le livre que j’avais abandonné dans ma précipitation. Quelle ne fut pas ma surprise de la voir disparaître dans la prairie voisine, avec sous le bras, mon dernier Stephen King.

Écrit par Hollynx   |     |   |   19 passage(s)

28/01/2005

Anniversaire

Un an de plus, c’est de l’abus.
Si tu grandis, moi je vieillis.
Que choisir, pour te faire plaisir ?
Du chocolat ? Tu n’en auras pas.
Un gros gâteau ? Vive les kilos !
Une chanson ? J’ai perdu mes partitions.
Une paire de gants ? C’est bientôt le printemps.
Un amoureux ? Le tien serait furieux.
Alors, comme j’aime écrire, c’est avec le sourire que, pour ton anniversaire, je t’offre ces quelques vers…

Écrit par Hollynx   |     |   |   14 passage(s)

22/01/2005

Echappée

Au creux de mon être, s’anime un curieux manège :
Des chevaux de bois qui n’emmènent que moi.
Une multitude de tours gratuits, voilà où j’en suis.
Mais, le cœur en cendres, je voudrais descendre.

Sur une musique infernale qui s’emballe,
Sans ticket, je n’ai pas droit à l’arrêt
L’esprit à l’abandon, dans un tel tourbillon,
Je cherche, en vain, le frein.

Le rictus figé, chimériques et amusés,
Ces animaux quittant le sol m’affolent.
Mon cheval monte et descend en de puissants mouvements.
Aussi, telle un bateau à ses amarres, je me cramponne à la barre.

Prête à tomber, je me mets à hurler :
« Vous n’aurez pas ma peau, espèces de salauds ! »
Ma monture, soudain, se cabre. Elle s’élance en tornade
Et elle nous arrache du carrousel, dans un nuage d’étincelles.

Inondée de bonheur, j’enlace mon sauveur,
Laissant les autres penauds sur le carreau.

Écrit par Hollynx   |     |   |   18 passage(s)

15/01/2005

Cerf-volant

Sur la plage, un enfant joue avec un cerf-volant. Le vent, son complice, fait virevolter le jouet qui semble s’abandonner aux joies et aux caprices du petit garçon. C’est le plus beau cerf-volant aux alentours. D’une finesse sans pareille, il a les armatures légères et de petits nœuds rouges, sur les côtés, qui battent les airs. Une longue queue jaune aussi, qui ne cesse d’onduler à qui mieux-mieux, à chaque changement de direction.
L’enfant lâche de la ficelle et le cerf-volant, profitant de cette liberté toute relative, monte, monte, monte, entraînant presque dans son ascension le gamin, dont les rires font écho aux claquements du tissu du jouet. Encore, encore.
Le garçon, les bras tendus, court sur le sable humide afin de profiter davantage encore de la traction du lien qui le relie à ce losange, de plus en plus petit, de plus en plus flou, de plus en plus fou. Puis, il le ramène d’un frénétique mouvement de moulinet, jusqu’à ne plus voir que ses yeux noirs emplis du reproche d’ainsi le ramener à lui.
L’enfant perçoit-il sa détresse, qu’à nouveau il lâche du leste ?
Et le jouet de profiter encore une fois de la musique de la brise, de la danse du vent, des horizons hauts. Plus haut, plus haut.
Les rires de l’enfant. La légèreté du cerf-volant. Le bonheur, tout simplement.
Soudain, le petit garçon s’immobilise. Il s’aperçoit que, la corde tendue, le jouet est capable de planer sans son aide. Il l’observe et le petit losange, là-bas, semble l’observer aussi. Le gamin comprend. Il ne joue plus à présent, il regarde, il pense. Il ne bouge pas.
Il ne se passe rien. Le temps paraît s’être arrêté et l’enfant libère la ficelle.
La toile se détend, l’espace d’un instant, le jouet bat de l’aile, une fois, deux fois, perd de l’altitude, se redresse et repart en une valse souple et apaisée.
Les rires ont fait place aux sourires. Le calme a remplacé les soubresauts. La violence de l’ascension n’est plus qu’un équilibre serein.
Ce doit être ça, la liberté…

Écrit par Hollynx   |     |   |   12 passage(s)

11/01/2005

Caresse

Quand ma tendresse devient caresse, j’effleure ton corps et ton âme.
Je couvre ton être de baisers et ton esprit de mots doux.
Quand ma tendresse se fond en caresses, sens mes gestes sur toi et écoute en toi mes paroles.
Le senti et l’entendu, sans alibi et sans malentendu.

Écrit par Hollynx   |     |   |   9 passage(s)

05/01/2005

Tendresse

La tendresse, caresse du cœur.
Un regard, une parole ou un geste.
La tendresse, rempart à la détresse.
Une main qui se tend, une larme qui sèche, une colère qui s’étiole.
La tendresse, refuge quand tout va mal.
Un bébé qui se calme, un enfant qui se rassure, un vieux qui s’endort.
La tendresse à donner et recevoir.
Sans hésiter, sans compter et sans demander.

Écrit par Hollynx   |     |   |   13 passage(s)

03/01/2005

Poisson

Le poisson tourne dans son bocal. De ses yeux ronds, il me regarde au passage, fait un gloups d’étonnement et s’en repart aussitôt.
Le voilà qui repasse à nouveau. Il fait un gloups au passage et me regarde de ses yeux ronds.
Je ne cesse de l’observer, il tourne dans son bocal côté concave, moi côté convexe. Le verre nous déforme, l’eau nous rend flous et pourtant, à chaque passage, nous nous dévisageons.
Il me fascine, je le fascine. Il tourne en rond et je le regarde tourner en rond. Drôle de manège, drôle de regard. Un regard vide de pensées, juste un regard de passage, sans plus, sans moins.
Le poisson tourne dans son bocal puis, soudain monte à la surface, rompant le charme de ce mouvement inutile et me volant ces quelques instants de complicité.

Écrit par Hollynx   |     |   |   5 passage(s)