Skynet blogs


16/03/2005

Clown

Un nid d’oiseau en guise de coiffure, un lac d’amour en guise de sourire, deux petits yeux noirs pétillants et un gros nez rouge scintillant.
Comment l’oiseau s’est envolé, le lac s’est asséché, tes yeux sont bleus, ton nez ne reflète plus rien ?

Pendant longtemps, j’ai amusé les chapiteaux. On riait de mes maladresses, de mes grimaces, de mes prouesses. Le cirque était bon public jusqu’au jour où j’ai découvert ce triste spectateur. Il assistait à tous les spectacles, fidèle comme une ombre, mais il ne riait pas. Pas même une ébauche de sourire.
Il était là, scrutant, figé, sans la moindre émotion. Parfois, il semblait agacé. J’ai tout tenté pour le sortir de sa torpeur : j’ai appris à jouer d’un instrument de musique, j’ai modifié mon maquillage, j’ai changé de costume, rien n’y fit.
J’ai alors décidé de le regarder, moi aussi. Je n’ai plus regardé que lui, les yeux dans les yeux, âme contre âme, dans un parfait rapprochement.
A travers ce regard, je me voyais. A travers son corps, je vivais et je sus qu’il était moi. J’étais là à m’ennuyer sur les gradins, à faire le clown sur la piste, sans connaître le moindre plaisir.
Un soir, je l’ai invité à mes côtés. Nous avons regardé sa place vide puis, nous avons joué aux quilles. Le chapiteau a applaudi et nous sommes retournés nous installer sur le banc de bois.
Un numéro de trapèze a succédé. Nous avions le nez en l’air, quand je me suis aperçu à quel point il me ressemblait. Je l’ai regardé, il m’a regardé et je l’ai emmené dans ma roulotte. J’ai ôté ma perruque, je me suis démaquillé, j’ai enfilé ma veste brune et j’ai fermé la porte à double tour. Il a saisi les clefs et les a jetées dans un fourré tout proche. Il m’a donné la main et je suis parti sur la route.

J’ai croisé une camionnette. Elle m’a pris en stop. Une jeune fille était au volant et elle est devenue la mère de mes enfants.
Je ne l’ai plus revu. Je ne l’ai plus pensé. Pourtant, quand je me regarde dans le miroir, je me dis : comme il me ressemble

Écrit par Hollynx   |     |   |   3 passage(s)

Commentaires

Emouvant Ce texte. J'aime les clowns, ils me font rire, ils m'ensoleillent le visage. C'est vrai qu'ils ont de la tristesse dans lesyeux lorsqu'ils ne jouent plus sous le chapiteau.
Ta fin est surprenante, j'ai dû la relire pour m'assurer que j'avais bien compris. Ce glissement de toi au clown, du clown à toi, un bel effet. Merci Hollynx :-)

Écrit par : Nortine | 17/03/2005

Toujours délicieux petits bonbons ... the show must go on....
on en veut encore
on en veut toujours ...

Écrit par : xian | 17/03/2005

Très belle fin, en effet, comme je les aime ;~)

Écrit par : Owen | 17/03/2005

Les commentaires sont fermés.