30/03/2005

1990, Dix ans...

Dix ans et l’usure du temps.
Un jour anniversaire et des acteurs quittant la scène, avec une pensée amicale pour l’auteur du bonheur en leur cœur, où il n’y a désormais plus personne.
Dix ans que le temps passe .
Au lever du rideau, la sonnerie retentit mais le théâtre reste vide, sans pour cela parler de bide.
Dix ans. Les comédiens n’ont rien compris, ils se retrouvent surpris, à jamais réunis dans des archives marquées : notre enfant.

Écrit par Hollynx   |     |   |   7 passage(s)

28/03/2005

Pâques

Un petit œuf, tout neuf, roulait dans la paille d’un poulailler vieillot.
Une jeune poule, ébahie, le regardait s’éloigner sans réagir.
Elle s’en approcha enfin à petits pas, l’observa et le stoppa. Immobile, l’œuf semblait maintenant attendre quelque chose, ce que la poule sembla comprendre. Elle redressa ses plumes, enjamba l’objet non identifié et s’installa dessus, en couveuse professionnelle.
Elle ne bougea point pendant des heures et fut soudain dérangée par la coquille nerveuse qui trépignait sous elle. Elle s’en écarta, contrariée.
Le petit œuf gesticulait ferme. Tout à coup, son couvercle se craquela et se souleva. Une tête ébouriffée en jaillit, les yeux rougis par le sommeil, le bec affamé et le son strident.
La poule, curieuse, n’en revint pas : elle venait de mettre au monde son premier poussin !
Elle l’enfuit d’un coup d’aile vif sous son ventre dodu et s’endormit, satisfaite de sa tâche matinale.

Écrit par Hollynx   |     |   |   7 passage(s)

24/03/2005

Tempête


Soulagés
Fatigués
Nous avons marché
Le cœur apaisé

Electrisé
Magnétisé
L’océan s’est tu
L’inconnu

Anxieux
Heureux
Tu as souri
Les cieux assouvis

Craintive
Captive
J’ai regardé
Les flots calmes

Radieux
Curieux
Nous avons quitté la mer
Un pas éphémère

Le calme
L’après tempête
Le charme
Le mystère

Écrit par Hollynx   |     |   |   5 passage(s)

22/03/2005

Voie

Cherchant leur voie, ils avaient quitté une petite gare dans le fin fond des Ardennes. Ils rêvaient d’infini et comptaient bien y arriver. Ils prirent la route un beau matin, sans idée du temps qu’il leur faudrait pour arriver à destination.
Ils étaient jeunes et beaux, et brillaient d’espérance. Ils étaient inséparables et avaient fait le serment de ne jamais se quitter.
Compagnons de voyage, ils filaient vers le Nord. Deux vies parallèles à jamais unies pour le meilleur, pour l’aventure, pour un aller simple.

Ils avaient quitté une petite gare et rêvaient de liberté. Cela faisait maintenant plus de vingt ans qu’ils filaient vers le Nord. Ils avaient cru en l’horizon, mais de lourds et puissants liens avaient eu raison de leur espoir.
Ils avaient pris la route un beau matin, ils connurent des matins moins beaux, des saisons moins clémentes, des années moins prospères. L’âge commençait à attaquer leurs articulations, et c’est fatigués par le temps qu’ils continuaient la route.
Parfois, quand ils guettaient l’horizon, ils avaient l’impression qu’ils uniraient bientôt leurs efforts pour ne faire plus qu’un et s’arrêter d’avancer. Mais l’horizon était toujours plus loin et, à chaque tournant, les ramenait à la dure réalité : droit devant, toujours droit devant.

Tout en progressant, inlassablement, ils cherchaient un plan.
Un jour, l’un d’eux s’écria : « Je m’arrête ! ». « Mais tu ne peux pas… » reprit l’autre.
Alors, le premier se laissa choir sur le côté pour montrer à son complice de toujours de quoi il était capable. Le second cria à la folie, mais il était trop tard.

Le déraillement du train fit trente-cinq blessés graves, et l’on condamna la voie pour cause de vétusté.

Écrit par Hollynx   |     |   |   7 passage(s)

20/03/2005

1973, solfège

Svelte et attirant l’attention, chevauchant allégrement la portée de la partition, la clef de sol fait agrément.
Les poings serrés, la tête haute, elle conduit la gamme toute entière à travers l’instrument de musique et les fausses notes du musicien à la voix chaude.
Les blanches et les noires, deux par deux ou solitaires, suivent les déboires d’un chef à l’allure un peu trop fière.
Malgré eux, tous trébuchent et tombent, se relèvent et suivent, peu sûrs, la route que suit leur supérieur.
Arrivés au terme de leur voyage, petits et grands, noires et blanches posent le pied à terre et un peu tristes, chantent.
Ils chantent tous ensemble l’hymne à la gloire pour un chef qui, sans comprendre, n’a pas su faire demi-ton.

Écrit par Hollynx   |     |   |   6 passage(s)

17/03/2005

Musique

D’une note à l’autre, d’un blog à l’autre, une chaîne musicale suivie de retour, de chez Olivier.
La chaîne musicale des blogs arrive sur Hollynx, grâce à NOsferatu … Suivra-t-elle son cours ? :

Combien y a-t-il de fichiers musicaux stockés sur votre ordinateur ?

Je préfère les bons vieux CD aux musiques stockées sur mon ordinateur.
Quel est le dernier CD que vous avez acheté ?
Le dernier Calogero.
Dernière chanson écoutée avant de lire ce message ?
« Io le canto per te » (Florent Pagny).
Donnez 5 chansons que vous écoutez souvent ou qui comptent beaucoup pour vous :
Je n’ai pas de chanson particulière à citer, mais des chanteurs ou des musiciens. Entre autres : Andrea Bocelli, Obispo, Luc Baiwir, Florent Pagny, Lara Fabian, Patricia Kaas, Vangelis, Polnareff, et puis tant d’autres encore, mais de façon TRÈS hétéroclyte.
A qui allez-vous passer le relais (3 personnes) et pourquoi ?
- Neige
- Aurélia
- Jean-Pierre

parce que je les apprécie et que j’ai l’impression qu’ils se plieront volontiers au jeu.

Écrit par Hollynx   |     |   |   2 passage(s)

16/03/2005

Clown

Un nid d’oiseau en guise de coiffure, un lac d’amour en guise de sourire, deux petits yeux noirs pétillants et un gros nez rouge scintillant.
Comment l’oiseau s’est envolé, le lac s’est asséché, tes yeux sont bleus, ton nez ne reflète plus rien ?

Pendant longtemps, j’ai amusé les chapiteaux. On riait de mes maladresses, de mes grimaces, de mes prouesses. Le cirque était bon public jusqu’au jour où j’ai découvert ce triste spectateur. Il assistait à tous les spectacles, fidèle comme une ombre, mais il ne riait pas. Pas même une ébauche de sourire.
Il était là, scrutant, figé, sans la moindre émotion. Parfois, il semblait agacé. J’ai tout tenté pour le sortir de sa torpeur : j’ai appris à jouer d’un instrument de musique, j’ai modifié mon maquillage, j’ai changé de costume, rien n’y fit.
J’ai alors décidé de le regarder, moi aussi. Je n’ai plus regardé que lui, les yeux dans les yeux, âme contre âme, dans un parfait rapprochement.
A travers ce regard, je me voyais. A travers son corps, je vivais et je sus qu’il était moi. J’étais là à m’ennuyer sur les gradins, à faire le clown sur la piste, sans connaître le moindre plaisir.
Un soir, je l’ai invité à mes côtés. Nous avons regardé sa place vide puis, nous avons joué aux quilles. Le chapiteau a applaudi et nous sommes retournés nous installer sur le banc de bois.
Un numéro de trapèze a succédé. Nous avions le nez en l’air, quand je me suis aperçu à quel point il me ressemblait. Je l’ai regardé, il m’a regardé et je l’ai emmené dans ma roulotte. J’ai ôté ma perruque, je me suis démaquillé, j’ai enfilé ma veste brune et j’ai fermé la porte à double tour. Il a saisi les clefs et les a jetées dans un fourré tout proche. Il m’a donné la main et je suis parti sur la route.

J’ai croisé une camionnette. Elle m’a pris en stop. Une jeune fille était au volant et elle est devenue la mère de mes enfants.
Je ne l’ai plus revu. Je ne l’ai plus pensé. Pourtant, quand je me regarde dans le miroir, je me dis : comme il me ressemble

Écrit par Hollynx   |     |   |   3 passage(s)

13/03/2005

1970, le fils

Deux petits vieux, les yeux flétris, attendent patiemment le retour de celui qui, durant 20 ans, leur a écrit.
Il doit avoir bien changé, là-bas à Marienbourg.
A-t-il été bien nourri ? Et, s’il avait eu froid, le petit.
Deux petits vieux, les mains tremblantes, sans savoir pourquoi craignent ce retour.
Ils attendent, il est peureux, elle est impatiente : après 20 ans, il revient au bourg.
A-t-il été bien nourri ? Et, s’il avait eu froid, le petit.
Le voilà qui arrive avec, pour seul bagage, un baluchon bien vide et une médaille. Ce fut un long voyage, une grande fatigue.
A-t-il été bien nourri ? Et, s’il avait eu froid, le petit.
Le petit devenu grand a bien changé. Pâle, il semble inquiet. Il pense à tout ce qu’il a vécu. Aigri, il a mûri.

Deux petit vieux, les bras tendus, embrassent leur fils et des larmes de joie plein les yeux, lui disent : enfin, tu es revenu.

Écrit par Hollynx   |     |   |   7 passage(s)

10/03/2005

1973, l'hiver du clown

Un clown au rire figé, une lettre à la main, un homme à la gloire éternelle retouche son maquillage du matin.
Des larmes coulent doucement sur son visage déchiré, mais sous son nez en boule, reste un sourire forcé.
Sa perruque orange et son chapeau pointu lui donnent l’air étrange de celui qui n’amuse plus.
Sur la piste, les enfants ne riront pas. Ils regarderont cet homme sans visage qui, pour eux, sacrifia son être et son âge et leur cacha ses amours, ses peines et ses joies.
Un clown, bien vieux, au rire éternel, une lettre jaunie entre les mains, un homme à la gloire éternelle est mort ce matin.

Écrit par Hollynx   |     |   |   5 passage(s)

07/03/2005

1972, portrait

Belle, amusante, souriante, voilà tes trois principales qualités.
Aimante, charmante, aimable, aussi.
Tes défauts ?
Deux, peut-être : attachante et puis, passagère. Ce sont des défauts, tu sais !
Le plus important ? Passagère, assurément car il cause beaucoup de peine, sans en avoir l’air.
Mais, que de bons moments, j’ai passé en ta compagnie.
Je me souviens… Tellement.
Rien ne pourra te remplacer dans ma vie. Toi, mon enfance…

Écrit par Hollynx   |     |   |   5 passage(s)

03/03/2005

Rencontre

L’homme regarda s’éloigner la voiture.
Il faisait froid et quelques flocons timides se risquaient sur les toits. Il fit un petit signe de la main, avant de disparaître dans le hall sombre et froid de son immeuble.
Rien ne se manifesta dans le petit véhicule rouge qui s’éloignait sur la route humide. Tout au plus, un regard dans le rétroviseur intérieur, avant de prendre de la vitesse et de disparaître dans le tournant sombre et incliné du haut de l’avenue.

Au lever du jour, l’homme sortit de son immeuble. Il semblait plus courbé que la veille et portait un vieux loden élimé, dont le col était relevé. Il longea le trottoir, les deux mains enfoncées dans les poches de son manteau.
A la sortie du tournant, une lumière se fit plus nette, jusqu’à distinguer une voiture de couleur rouge. Elle semblait plus rapide que la veille et avait de la buée sur les carreaux. Elle longea l’avenue, sans la moindre hésitation.
L’homme croisa la voiture et ne la remarqua pas.
La voiture dépassa l’homme et s’engouffra familièrement dans un garage tout proche, dont le volet s’ouvrit automatiquement.

Deux individus, deux destins, pour un seul immeuble.
Deux vies professionnelles, l’une de jour et l’autre de nuit, pour une même avenue.
A quoi d’autre vous attendiez-vous ?

Écrit par Hollynx   |     |   |   9 passage(s)