28/04/2005

Certitude

Une vie ronde comme le monde avec en latitude, l’incertitude.
Une vie bleue comme les cieux avec en longitude, des habitudes.
Une vie chaude comme l’émeraude avec en fusion, l’émotion.
Parce qu’on est là, la vie c’est cela : braver la latitude, contre les habitudes.
Parce qu’on est fou, la vie en nous : rêver de complétude, contre la solitude.

Écrit par Hollynx   |     |   |   6 passage(s)

25/04/2005

Sans titre

Je n’ai rien à dire, ni à écrire. Je ne puis vous mentir : ce soir, vous n’aurez rien à lire, je ne sais quoi dire.
Je viens pourtant de vous mentir : vous avez ces quelques mots à découvrir !

La météo aurait bon dos, si je vous disais qu’en ce lundi pluvieux, j’ai envie de soleil. Parler des gouttes en déroute serait trop facile et louer les escargots, bien trop gros.
Vous livrer mes états d’âme ? Pas très agréable, quant à vous faire rire, c’est impossible.

Je vous l’ai dit : je n’ai rien à dire, ni à écrire, même si je viens de vous l’exprimer en 114 mots. Vous pouvez les compter, le compte est bon…

Écrit par Hollynx   |     |   |   7 passage(s)

20/04/2005

Regard

Deux petits yeux clignent dans l’obscurité. Ils clignent comme pour mieux voir, à moins qu’ils ne luttent contre le sommeil. Ils tournent vers la gauche, s’arrêtent un instant, puis tournent vers la droite, s’immobilisent et clignent à nouveau.
Le regard est net, brillant, perçant, ne laissant aucun doute : il scrute. Il observe la nuit, les ombres, les rais de lumière, par-ci, par-là.

A qui appartiennent donc ces deux petits yeux bravant le noir, au risque de s’y perdre ? Ils semblent n’appartenir à personne, ils se détachent sur fond de toile mate et font relief sur le voile du silence de la nuit, seuls.

Peut-il exister des yeux mobiles rattachés à rien ? Les voilà qui se déplacent légèrement sur le côté. Ils clignent, regardent à gauche puis à droite, s’immobilisent et clignent à nouveau.
Une sensation de peur englobe la pièce. Ils cherchent. Ils se cherchent. Que cherchent-ils, en fait ?

Deux petits yeux sans visage. Ils regardent, sages. Ils me regardent. Ils se regardent. Ils sont le miroir de l’âme de celui à qui ils appartiennent, mais ils n’appartiennent à personne : quelqu’un les a égarés dans le noir et ils scrutent éperdument.

Tout à coup, l’œil droit s’agite. Il bouge sans le gauche qui ne se rend compte de rien, car il louche vers la fenêtre. Le voilà qui remue à nouveau : on dirait qu’il me fait un clin d’œil ! Est-ce un tic nerveux ou une invitation, alors que son semblable continue à chercher du côté de la fenêtre ? Cherche-t-il l’aide d’un rayon de lune pour percer le mystère de cette étrange nuit ?
Tandis que ce regard asymétrique m’inquiète, tous deux pivotent brusquement, s’écarquillent, s’exorbitent, puis se ferment d’un coup, au son d’un bruit sec.
Craintive, le doigt encore posé sur l’interrupteur, je soulève les paupières et me découvre dans le miroir, pâle, en sueur, en pyjama et l’œil vague.

Écrit par Hollynx   |     |   |   6 passage(s)

16/04/2005

Triangle

1-2-3, je monte, je descends, je rejoins : le voilà dessiné, le voilà peint.
1-2-3, trois angles, une forme géométrique, trois lignes égales : le voici, le voilà.

C’est une montagne, disent certains. Un chapeau chinois, ajoutent d’autres.
Ou le toit d’une maison, à moins que ça ne soit la mitre de Saint-Nicolas.

1-2-3, je repasse.
1-2-3, je colorie.
1-2-3, je découpe.
Vertical, il dresse la tête : je le savais que c’était une montagne !
Une pyramide,
s’exclame quelqu’un, et tous en chœur de mimer l’égyptien de profil.
J’en veux un autre !
J’en veux un aussi !

1-2-3, en voilà trois : l’un est pour toi, l’autre pour toi et je garde celui-là pour moi.
Posons-les sur la table, tous réunis, coin de base contre coin de base.
1-2-3, les voilà en rond.

Ils forment une pointe de flèche !
Une fusée sur le départ !

Momo pousse la tête dans la pièce. Je veux celui du milieu.Il n’y a pas de milieu...
Je veux celui du milieu ! Pas le rouge, ni le vert, ni le bleu. Je veux celui du milieu.
Momo approche. Il tire le rouge, puis le vert et enfin le bleu. Son triangle a disparu.
Il ne reste rien, dit l’un. Tu vois, il n’y a plus rien, nous te l’avions bien dit.
Momo s’en va. Il regarde au creux de sa main : vous n’avez rien vu car je l’ai pris…
C’est un triangle qui me ressemble : c’est un triangle fait de vide, d’air, d’invisible et de transparence.

Écrit par Hollynx   |     |   |   15 passage(s)

12/04/2005

Escargot

Un jeune escargot se baladait sur une feuille verte. La coquille brillante de par son jeune âge, les antennes bien dressées, l’allure fière, il déambulait sur ce bout d’arbuste, à l’abri du soleil.
Une fourmi le croisa et le trouva fort prétentieux car devant son empressement à l’éviter, il répondit par une ondulation lente et humide de tout son corps.
Une coccinelle s’envola à sa vue, tandis qu’une chenille bien décidée à ne pas quitter son repas l’obligea à changer sa trajectoire.
Une mouche se posa un instant sur sa coquille mais ne trouvant ni l’endroit confortable ni la vue intéressante, elle s’en alla prestement.
Et notre petit escargot de se promener solitairement, tantôt à l’endroit, tantôt à l’envers, de nervure en nervure, de feuille en feuille, l’air quelque peu méprisant.

Passa alors un jeune garçon qui le regarda de ses yeux ronds. Il approcha et posa le doigt sur son antenne gauche, puis sur son antenne droite qui, toutes deux, se rétractèrent brusquement. La fourmi qui n’était pas loin, le trouva beaucoup moins fier sans ses appendices cornues.
L’enfant passa ensuite son doigt sur sa coquille et en décrivit le mouvement de spirale en se demandant si cela le chatouillait. Il siffla, guettant la moindre réaction, curieux de savoir si l’animal était pourvu d’oreilles.
L’escargot, toujours sans antennes, fixait du regard le gamin. Il le trouvait grotesque avec ces yeux ronds, cette bouche pincée et ce nez en trompette, au milieu du visage.
La mouche survola l’étrange tête-à-tête. Tout à coup, le pouce et l’index de chaque côté de la coquille, l’enfant saisit l’escargot qui tenta une vaine gluante résistance, avant de se retrouver à la renverse au creux de la main du gamin. Le corps à la merci du soleil et l’orgueil en ayant pris un coup, il n’eut pour solution que de se rouler en boule au fond de sa demeure aux reflets de nacre.
Déçu, l’enfant secoua à plusieurs reprises sa trouvaille mais il n’en fit jaillir aucun signe de vie : l’escargot se cramponnait au fond de son nid, pas disposé du tout à montrer le bout de son nez.

Il y eut un grand choc puis plus rien. Une antenne, deux antennes sortirent enfin de la coquille. A l’horizon, plus d’humain, juste un long chemin de flaques et de boue et sur une feuille proche, une mouche, une fourmi, une coccinelle et une chenille prises d’un fou rire devant le mollusque déconfit.

Écrit par Hollynx   |     |   |   6 passage(s)

08/04/2005

Montre

Ma montre s’est arrêtée. Le temps qu’elle contenait a fini de tourner parce que la pile qui le faisait tourner est morte.

Le temps était prisonnier de la pile qui le faisait tourner et d’une montre qui le gardait enfermé.
Bien sûr il faisait les vingt-quatre heures, sans cesse et toujours, mais il ne connaissait rien d’autre et était incapable de se sauver. Il marchait en rond. Il tournait encore et encore.
Comment a-t-il pu être hier, s’il tournait sur place ?
Comment aurait-il pu devenir demain, s’il était prisonnier ?
Comment était-il aujourd’hui ?

Si je remplace la pile, il recommencera à circuler. Il circulera dans sa cellule de verre.
Comment pourra-t-il passer ?
Le temps doit passer pour que la petite fille que j’étais soit la femme que je suis et devienne la vieille dame que je serai.
Sans le temps qui passe, nous ne sommes rien.
Perplexe, je saisis ma montre. Je l’ouvre. Le temps s’en échappe d’un bond. Je ne le vois pas s’échapper mais je le sens. Il s’en va, il s’éloigne, laissant vide le boîtier où, durant cinq ans, il compta les secondes du cadran.

Va, envole-toi, retourne d’où tu viens et sois heureux…

Écrit par Hollynx   |     |   |   8 passage(s)

05/04/2005

Imagination


Je suis un petit lutin qui, de bon matin, se met en chemin à dos de lapin. Avec mon bonnet rouge, je parcours le bourg. Je traverse les averses, j’affronte le monde, j’oublie les orties et j’évite la forêt et la faune qui l’habite.
Je suis bien petit dans cet univers hostile mais mon ami le lapin, à travers champs, est très habile : course rapide et bonds terribles, tant et si bien que je me cramponne à ses oreilles et, qu’avidement, je guette le soleil notre guide.
Je suis le petit lutin qui, ce matin, s’en va loin de chez lui pour un endroit où il sera roi.
Petit lutin, quitte ton chemin, prends ma main et arrête-toi dans mon jardin.
Je ne puis quitter mon chemin de petit lutin car de petit matin, le devoir m’appelle dans la ritournelle d’une belle qui s’emmêle, à tire d’aile, dans une ribambelle de mots à la pelle.
Mon retour est prévu pour la tombée du jour, réserve-moi une place sur ta feuille de brouillon, je bercerai ton imagination et, ensemble, nous accoucherons d’une création.

Écrit par Hollynx   |     |   |   12 passage(s)

03/04/2005

1993, rond

Je suis sortie de ma bulle un beau matin d’hiver, afin de faire mes premiers pas sur la sphère terre. J’ai parcouru beaucoup de chemin, et j’en suis toujours là, avec l’impression d’avoir tourné en rond. J’avance et je rattrape mes talons.
J’ai envie de quitter ce cercle sans fin, car telle l’enfant qui fait des ronds dans l’eau, mes timides tentatives sont jusqu’à présent, restées vaines. Sur le bord de la rivière, j’espère rencontrer le pécheur solitaire qui, comme moi, s’amuse à faire des ronds, les yeux fixés au bouchon. Des ronds de fumée qui s’éloignent par derrière ses épaules, tandis que silencieux, calme et tranquille, il attend la prise.
J’imagine le reflet de ses auréoles épouser mes ronds dans l’eau. Alors, sous le soleil, je traverserais la frontière qui nous sépare. Je m’éloignerais de l’empreinte laissée par mes talons et, fière, j’avancerais vers le disque d’un bonheur en spirale. Ensemble, nous l’écouterions et ensemble nous ferions le dernier pas sur cette sphère terre, pour enfin pénétrer la bulle éternelle.

Écrit par Hollynx   |     |   |   6 passage(s)