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18/05/2005

Le chiffon et le plumeau

Un chiffon rencontra un plumeau et lui trouva belle allure : « mon ami plumeau, quelle coiffure ! »
Le plumeau, ébouriffé par un tel compliment, se secoua d’aise libérant de la sorte un énorme nuage de poussière qui fit tousser le chiffon qui se racrapota de tout son tissu.
« Vous n’êtes pas mal non plus, dans votre genre mais ce corps de coton ne vous tient-il pas trop chaud, les jours d’été ? »
Pas le moins du monde, mon cher, et puis j’aime sentir la main de madame quand de ses doigts fins, elle me saisit. »
Le plumeau s’imagina avec sa femme de ménage : un tout autre maintien, cette tige de plastique entre elle et lui alors, il se mit à rêver d’un contact plus sensuel et plus direct mais il était né plumeau et le resterait jusqu’à la fin de ses jours.
Cela le déprima et le rendit raplapla. Le chiffon avait beau le flatter, rien n’y faisait à sa tristesse d’être plumeau.
Antistatique ? La belle affaire, il aurait tant aimé un bain chaud. Trois couleurs ? Ils les trouvait rococo, manquant de goût. Une forme élancée ? Qu’il serait agréable de se pelotonner contre chiffons et autres loques ! Sans parler des énergiques mouvements de rotation pour le nettoyage ou, pire encore, ces tapes violentes contre le rebord du balcon.

Le petit chiffon ne savait que faire pour remonter le moral de son ami, jusqu’au jour où, de bon matin, le plumeau se rendit compte qu’un nouveau venu avait pris place à ses côtés, dans le placard des produits d’entretien. Il en parla au chiffon qui, lui aussi, lui fit part de la même découverte.
« Vous n’imaginez pas, mon cher, ils sont cinquante dans le même paquet, tous couchés les uns sur les autres, dans une humidité insupportable.»
« Bien vrai. En plus, ils sentent le citron de façon excessive et vous savez ce qu’on m’a raconté ?... »
« Dites-moi, vite ! »
« Leur vie est limitée… Comme je vous le dis : après usage, hop, direction poubelle ! »
« C’est bien ce qu’il me semblait. »
Le plumeau fit rapidement un petit calcul : cela faisait au moins cinq ans qu’il résidait dans ce placard et, hormis quelques poils en moins, il était comme neuf.
Le chiffon regarda son corps de tissu et se trouva encore fort beau pour ses 15 ans, mis à part un petit trou par-ci, par-là.
Le plumeau échangea un regard avec le chiffon et ils se dirent que, finalement, ils n’avaient rien à regretter.

Écrit par Hollynx   |     |   |   9 passage(s)

Commentaires

EBAHI Je ne sais quoi dire devant la beauté de ces textes,mais je sais quoi faire.
Retourner aux études

Écrit par : duke | 19/05/2005

Superbe ! Très belle fable, pas si innocente qu'elle en a l'air : j'adore.
Bravo !

Écrit par : PhiL | 19/05/2005

Une fois de plus... ... tes mots me touchent, superbe texte, bravo :o))

Écrit par : Petit_verglas | 19/05/2005

:-) Et bien, un grand merci pour vos mots.
A moi, il ne me reste plus qu'une seule chose à faire : passer le chiffon dans mon salon. A moins que je ne prenne mon plumeau...

Écrit par : Hollynx | 19/05/2005

*** Un coucou en passant.
Gros bisous

Écrit par : Aurélia | 20/05/2005

jetable ? dépoussiérer le passé demande parfois de resortir du placard ce qui autrefois servait d'outil de mémoire...

Écrit par : mik | 21/05/2005

Quelle est la fée ... Qui t'apporte tant d'inspiration pour coucher de si merveilleux textes ???
e serait-ce la fée "Plume Eau ?"
Jean-Pierre

Écrit par : L'esthète | 22/05/2005

Jolie fable digne d'Andersen. Bisous

Écrit par : Madeleine | 23/05/2005

La complicité... Voilà la fée qui m'inspire : je m'amuse et puis, je pense que ces petits mots seront les bienvenus chez vous.
J'ai envie de vous faire plaisir et de me faire plaisir.

Du nouveau dès ce soir !

Écrit par : Hollynx | 23/05/2005

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