30/06/2005

D'où viennent les palourdes ?

Quand j’écoute un coquillage, j’entends la mer.
A moins que ça ne soit le son d’un chagrin.
Un chagrin d’amour aux larmes de sang.

Si vous en doutez, cliquez et voyez cette superbe animation dont vous me direz des nouvelles...

Écrit par Hollynx   |     |   |   4 passage(s)

26/06/2005

Une vie de solitude


Plus de tendresse dans sa vie. Où donc la douceur s’est-elle enfouie ?
Il a tant de choses à donner, à recevoir et à partager.
Deux bras pour travailler, pas pour enlacer.
Une bouche pour parler, pas pour embrasser.
Un corps pour vivre, pas pour jouir.
Une vie sans bonheur, il n’en veut plus.
Il a peur.
Son miroir le voit vieillir, sans personne à qui sourire.
Sans personne vers qui partir.
Il l’a voulue, cette solitude mais il n’y trouve pas la plénitude.
L’a-t-il seulement vraiment désirée ? La vie ne lui a-t-elle pas imposée ?
L’ermite se pose ces questions et ne fait que tourner en rond...

Écrit par Hollynx   |     |   |   2 passage(s)

21/06/2005

La princesse d'Hippocantus

Cette histoire se passe il y a très très longtemps. Certains disent même qu’elle n’a jamais existé, mais je ne les crois pas.
Tout commença dans les profondeurs d’un océan. Peu importe lequel mais un océan chaud, à la végétation magnifique.
C’est dans ce décor de rêve que vivait Wendy, jeune et jolie sirène aux longs cheveux de feu et aux grands yeux couleur des flots.
Fille unique, son père n’était pas peu fière d’elle car, princesse de naissance, elle règnerait un jour sur l’empire sous-marin de la région.
En effet, ses parents étaient les souverains du château d’Hippocantus, qu’ils partageaient avec d’autres membres de la famille royale.

On raconte que cette année-là, le roi Hippocantus devait fêter les soixante ans de son règne. A cette occasion, son épouse Scaphandra avait organisé une grande réception où étaient invités tous les seigneurs des océans voisins.
Wendy, quant à elle, désirait offrir à son père un cadeau inoubliable qu’il pourrait emporter avec lui au moment où sonnerait sa dernière heure. Elle fouilla le château de fond en combles mais ne trouva rien. Cependant, elle mit la main sur un vieux grimoire ayant appartenu à son arrière-grand-mère, fée-sirène de son état.
Wendy parcourut le vieux livre et découvrit l’objet de ses recherches : son père désespérait de la marier de son vivant et Wendy ne trouvant pas chaussure à son pied dans les parages immédiats du château, vit dans les formules du grimoire l’occasion de trouver l’âme sœur. Le deuxième chapitre dévoilait en effet, qu’à condition de ne pas révéler son identité, de ne pas manger de nourriture et de ne pas tomber amoureuse, à chaque pleine lune, possibilité était donnée aux jeunes sirènes, de moins de vingt-cinq ans, de passer quarante-huit heures sur la terre ferme.
Wendy vit là l’occasion d’atteindre le lac mystérieux qui se trouvait au-delà des montagnes entourant le château de ses parents et où vivait le prince Ness qui, disait-on, était toujours célibataire et en mal d’amour. Wendy lui proposerait le sien, le ramènerait au château d’Hyppocantus sur lequel il règnerait avec elle, à la mort de son père.

Vint la nuit de pleine lune. Wendy partit en chantant vers le large mais, cette fois, ne s’arrêta pas à la vue des côtes. Elle accéléra au contraire l’allure, en de puissants mouvements de queue et des bras. Ses cheveux s’étalaient à la surface de l’eau et confiante, à l’approche du rivage, elle sentit monter en elle les premiers changements qui feraient d’elle une femme.
Le spectacle fut magnifique quand, pour la première fois, elle marcha nue sur le sable fin. Elle s’enroula dans l’étoffe qu’elle avait emportée et se dirigea droit devant, sans hésiter. Elle marcha pendant des heures puis, elle atteignit enfin le lac.
Le paysage était hostile, sauvage et froid mais l’eau semblait calme et Wendy y plongea. Elle parcourut une certaine distance et elle aperçut un homme sur la berge. Son corps nouvellement transformé avait du mal à se mouvoir dans l’eau mais il gardait toute sa grâce, ce qui attira le regard du pêcheur. Wendy sortit de l’eau, s’assit à ses côtés et lui adressa ses mots : « On raconte qu’un prince vit dans la région. Je dois le rencontrer. Ce lac est tellement impressionnant… Là d’où je viens… » Wendy s’arrêta net : elle avait failli trahir le secret qui, dans ce cas, lui rendrait l’apparence d’une sirène.
Le pêcheur était sans voix. Il lui remit une mèche de cheveux en place et, de toucher des cheveux aussi souilleux quoique mouillés, le troubla à un point tel qu’il déposa sur les lèvres de la jeune fille un baiser furtif. Wendy leva les yeux vers cet être silencieux et si tendre et, sans plus réfléchir, se jeta dans ses bras. Quand la raison lui revint, il était trop tard : elle n’avait pas respecté la troisième condition du grimoire et elle sentait déjà en elle les premiers signes du retour de son état de sirène.
Prise de panique, elle se confia au jeune homme en pleurant, persuadée qu’elle allait mourir dans cet endroit inhospitalier. Epouvantée, elle vit que ses pieds se recouvraient déjà d’écailles, elle pensa à son père qu’elle ne reverrait jamais, à sa mère qui la chercherait et puis, à tous ses amis qui la croiraient morte.
L’homme ne savait comment la consoler. Toujours sans un mot, il la transporta dans sa camionnette, la protégea du mieux qu’il put d’une couverture qu’il humecta abondamment et il roula comme un fou vers le large qu’il savait être le havre de paix de Wendy.

Une fois sur la plage, il la porta jusqu’aux vagues rendues sauvages par la marée descendante et là, il ne se priva pas de l’embrasser amoureusement car elle était sauvée.
En guise d’adieu, il lui offrit la chaîne qu’il portait au cou et il lui rendit la liberté. Wendy nagea des images plein la tête pendant des heures et des heures, sans jamais lâcher le bijou que ce bel inconnu lui avait donné.
A son arrivée au château, Scaphandra accueillit sa fille avec des reproches car il restait plein de choses à mettre au point pour la fête et elle ne semblait pas s’en rendre compte.

Le grand jour arriva. Ce jour-là, l’océan était noir de monde. Tout se passa pour le mieux, quoique le roi fut quelque peu préoccupé. Non pas à cause du cadeau fait par Wendy mais plutôt par le serment qu’il lui avait fait de ne jamais enlever cette chaîne.
Pourtant, à la mort du roi, Scaphandra la lui retira. Wendy ne lui pardonna jamais ce geste et quitta définitivement le domaine familial pour aller vivre dans une grotte toute proche où, parait-il, on l’entend encore chanter les nuits de pleine lune.

Écrit par Hollynx   |     |   |   1 passage(s)

15/06/2005

La sucette

Par une après-midi d’automne, je fis la connaissance du père : il cherchait en vain ce qui pourrait calmer la bouche avidemment têteuse de son bambin de quelques heures. De la réserve d’une pharmacie, je me retrouvai donc dans la main fébrile de cet homme aux oreilles délicates.
Puis, je fis la connaissance de la mère : son œil sceptique me fit comprendre instantanément que ma forme dodue ne lui plaisait guère. Elle me posa cependant dans le berceau de l’enfant, mais si loin qu’aucun contact n’était possible. Je l’apercevais vaguement : il ne devait avoir que quelques heures effectivement et semblait dormir paisiblement, la bouche en cœur, les gencives vierges et la langue douillette et chaude en mouvement. Je rêvais de ces horizons sensuels inaccessibles quand, tout à coup, un cri perçant me tira de ma torpeur. La mère ne parvint pas à le calmer et au bout de vingt longues minutes, elle se rappela mon existence et sa main m’introduit doucement dans le monde de mes fantasmes.
Ce fut divin pendant huit mois. Pas un de plus. Il faut vous dire que l’histoire d’amour d’une sucette et d’un bébé ne dure que cette période. A cause des dents, pardi !
Rapidement, je sentis des bosses puis des pics. Très vite, je souffris le martyre : je savais que l’enfant m’aimait mais il prenait un sadique plaisir à me mordiller. Toujours plus fort. Toujours plus ferme.
Heureusement, il y avait une règle d’or chez ces gens-là : pas question que je quitte le lit. J’avais donc toute la journée pour me remettre de la nuit et de la sieste du petit.
Plus le temps passait, plus le petit garçon s’attachait à moi mais son amour était inversement proportionnel à la haine de sa maman. Que n’aurait-elle pas fait pour me supprimer ! Tout y passa : les promesses de récompenses, les tentatives de séduction, au moment de la Saint-Nicolas, les menaces de punitions… mais rien n’y fit : il ne voulait pas me quitter.

Les années passèrent.
A la pré-adolescence du gamin, j’étais toujours là. Dans quel état, je ne vous dis pas. A cette époque, nous vivions une histoire d’amour secrète. Pensez, à onze ans, prendre une sucette pour s’endormir…
Les mois passèrent.
Le petit homme partit en classes de neige et ne m’emmena pas. Notre première séparation ! En effet, il avait préféré ses copains, ses livres et un mouchoir de tissu doux. Quelle idée !
Au bout d’une dizaine de jours, il revint. Il avait bonne mine. Je m’étais fait une joie de notre nuit de retrouvailles mais il m’oublia sous son oreiller. Le lendemain et le surlendemain, il ne fit pas attention à moi. Et après une semaine, la mère, ravie, me trouva sèche et abandonnée, l’œil vague et le cœur brisé. Contre toute attente, elle me regarda d’un air tendre, m’emmena loin du lit de son fils, loin de la maison, loin de mon histoire.
Je revins quelques jours plus tard, de bronze vêtue de la tête aux pieds et ce, pour l’éternité.

Douze ans après, je trône encore chez ces gens-là. J’ai une place d’honneur dans la vitrine de la salle à manger, entre un coquillage et un sablier. La maman m’époussette de temps en temps, le papa ne me regarde jamais, le nourrisson devenu homme trouve ridicule cette armoire à souvenirs.
Pourtant, quand nous sommes seuls tous les deux, il ouvre la porte de l’armoire ridicule, passe un doigt sur mes courbes et je sens monter en moi une sorte d’amertume beignée d’amour. Alors, du coin de l’œil pour ne pas qu’il arrête trop vite, je le regarde et, j’en suis certaine : il se rappelle à quel point nous étions complices et à quel point je compte encore pour lui mais… en secret.

Écrit par Hollynx   |     |   |   6 passage(s)

12/06/2005

Message d'espoir

Les sens en automne, le corps en hiver.
L'esprit au printemps, le moral en été.
Serait-ce l'optimisme ?

Écrit par Hollynx   |     |   |   5 passage(s)

09/06/2005

L'écharpe


Quand la porte se referma, plus rien ne fut pareil : son regard bleu s’éteignit, sa chemise blanche se fondit en noir, sa voix cristalline fit place au silence et mes doigts habitués à la douceur de sa peau ne perçurent plus que l’intérieur rugueux des poches de mon jeans. Dans ma bouche, un goût amer remplaça la tendresse de ses baisers sucrés et la pièce garda prisonnière son odeur d’amour.
Il s’en allait. Il rejoignait d’autres horizons, d’autres visages, d’autres sensations. On me l’enlevait sans crier gare, à l’aube d’un banal jeudi de février.
La peur m’envahit, l’incompréhension me glaça et je ne fus capable que de pleurer.
Tout avait commencé quelques mois plus tôt.

Je m’assis dans son fauteuil préféré dont le coussin élimé était marqué de l’empreinte de son corps. En le redressant, je découvris l’écharpe qu’il n’avait pas eu le temps d’emporter. J’y enfouis mon visage en pleurs et, d’inspiration en inspiration, j’emplis mes poumons de sa présence. Désormais, comment accepter la subtilité insaisissable de ce parfum, pourtant si réel ? Me laisser envahir d’émotions-souvenirs, du sensuel désir d’être à nouveau aux côtés de l’être aimé.
Une écharpe anodine et muette pour qui la regardait, un petit bout de tissu qui, pour moi, parlait des mots odorants dont l’effluve me réconfortait et m’emportait dans la lumière de l’espoir. L’avait-il oubliée volontairement ?
Que s’était-il passé quelques mois plus tôt ?

Sur la table du salon, la bouteille de vin que nous avions entamée me parut ridicule entre nos deux verres vides. Le mien était net, comme s’il n’avait pas servi et, d’où j’étais, j’aperçus par transparence le sachet de chips que nous n’avions même pas ouvert.
Je serrai davantage l’écharpe contre ma poitrine et je me servis prestement un grand verre. La première gorgée m’agressa le palais mais la seconde me procura le soulagement que j’attendais. Me laissant aller la tête en arrière, agrippée à l’écharpe, je fermai les yeux.
Une femme. La quarantaine. Célibataire.
Un homme. Quarante-cinq ans. Divorcé.
Où était le problème ? Quelle était la fausse note ? Une porte qui se ferme. Le silence. Des souvenirs et la révolte. Une écharpe. Un verre de vin. Une odeur. Un autre verre de vin.
La bouteille qui se vide et l’écharpe qui se froisse. La raison qui s’évapore et l’amour qui grandit, qui grandit, qui grandit dans un décor aux formes délirantes qui tournent, tournent et tournent.
Une femme. Un homme.
Une porte qui claque. Tu es là.

J’ouvris les yeux dans un brusque sursaut et le verre de vin se répandit sur l’écharpe grise qui sentait… La panique m’envahit à nouveau et, d’un bond, je me précipitai vers la salle de bain. D’un mouvement prudent puis de plus en plus frénétique, je me mis à frotter le liquide rouge qui s’infiltrait peu à peu au travers des fibres du tissu.
Le rattraper, le saisir, le faire disparaître, le rattraper. L’eau froide, l’eau chaude, la petite brosse, le savon, vite ! Encore, encore, encore du savon jusqu’à ne plus avoir qu’une boule informe, lourde et tiède, mousseuse et dégoulinante entre mes doigts.
Epuisée, je m’effondrai sur le bord de la baignoire, l’amas de laine serré contre moi. Une odeur printanière caressa mes narines lorsque, soulagée, je découvris en étalant l’écharpe que la tache avait disparu. Je mis sécher l’écharpe sur le radiateur et je m’assis à nouveau dans le salon. Mon verre vide gisait sur la moquette et la bouteille ne contenait pratiquement plus rien. Je la saisis et bus le restant au goulot. J’avais un goût de trop peu. Mes sens n’étaient plus en éveil, je perdais son image, le bruit de ses pas, l’odeur de son corps. Une autre bouteille ferait l’affaire. Je ne me souviens pas de l’avoir bue.
Etait-ce hier, il y a trois jours, plus, moins ?

Quand je repris conscience, l’appartement était vide. J’avais, sur les genoux, une écharpe feutrée à l’odeur de savon bon marché.
Le silence. L’obscurité. Une chaleur moite, embaumée de relents de vin aigre. Un salon en désordre et le vide dans la tête. Que s’était-il passé ?
Puis, ma vue qui s’adapte et l’odeur qui s’éclipse. Je me souviens, tout a commencé il y a quelques mois… La porte s’ouvre, plus rien n’est pareil : sa chemise noire s’éclaire de blanc, son regard bleu s’allume, sa voix rude rompt le silence et mes doigts se crispent sur mes cuisses. Ma bouche se prépare au goût amer,
« Madame Durieux, c’est l’heure de vos médicaments ! »
J’avale avec peine le breuvage liquoreux, la pilule blanche et le cachet rose que l’infirmier me tend. Ai-je le choix de cracher ?
« C’est très bien, Madame Durieux », ajoute-t-il d’un air faussement maternant. Puis, il se penche et ramasse l’écharpe grise qui gît sur le sol.
« Voilà votre gri-gri ! », ironise-t-il.

Tout en me caressant le visage avec le tissu, malgré les vapeurs de médecine, malgré le savon, malgré tout ce qu’ils disent, d’inspiration en inspiration, je la retrouve l’odeur de mon amour.
C’était il y a un jour, un mois, une année. Tu n’es plus là.

Écrit par Hollynx   |     |   |   2 passage(s)

04/06/2005

Miroir

Mireille remonta l’avenue, le regard fixé aux vitrines des commerces de luxe de l’artère la plus prisée de la ville, non qu’elle fût à la recherche d’une veste dernier cri ou d’un pantalon moulant, elle profitait tout simplement de l’occasion supplémentaire qui lui était donnée d’admirer la sculpture magnifique de son corps de rouquine espiègle.
Une poitrine respectable, sous de superbes boucles naturellement aérées, une taille de guêpe anorexique, un ventre plat, extra plat, de longues jambes qui n’en finissaient pas, coiffées d’une jupe si courte qu’on eût dit la ceinture d’un vêtement imaginaire.
Elle s’arrêta devant la boutique d’un bijoutier notoire et replaça, d’un geste choisi, la mèche rebelle qui avait eu l’audace de rester raide parmi le mouvement torsadé de ses voisines.
Le bijoutier regarda par-dessus ses lunettes la jeune et jolie femme, trente ans tout au plus, qui ignorait les pierres précieuses de sa vitrine au profit de celles qu’elle avait, vertes, à la place des yeux.
Mireille reprit sa route et le commerçant haussa les épaules.

Mylène remonta le col de sa veste, le regard absent. Elle longea rapidement la rue déserte qui conduisait à son immeuble, sans même se soucier de l’épicier pakistanais qui la saluait. Un sachet serré contre sa poitrine, les bras croisés, l’air bougon, Mylène semblait de sombre humeur. Ses boucles rousses virevoltaient en désordre de part et d’autre de son visage éteint, qu’un manteau gris élimé accablait davantage encore. Elle ignora un mendiant qui lui tendait un gobelet douteux, elle ne tourna pas la tête au son d’un klaxon agressif qui soudain retentit, elle marchait.
Elle marchait d’un pas pressé. Pressé de retrouver son intérieur, son havre de paix, sa demeure. Elle fouilla sa poche, tout en gravissant les trois marches du seuil de sa maison. Elle introduisit la clef dans la serrure d’une main alerte et la porte se referma dans un claquement indécent.
Mylène évita du regard le miroir de l’entrée puis, elle s’enfuit dans l’ascenseur qui semblait l’attendre au rez-de-chaussée, depuis son départ, une heure auparavant.

Quand Mireille pénétra dans le hall de sa résidence, elle s’attarda devant la glace. Elle se sourit, satisfaite de cette journée nouvellement terminée et de la soirée qui s’annonçait excellente, Mylène ayant promis de préparer le repas. Cette perspective lui plaisait énormément car, des deux sœurs jumelles, Mireille était de loin la plus mauvaise cuisinière.
« Encore une vingtaine de minutes », avait vociféré Mylène, au travers de la porte de la cuisine.
« Délai suffisant pour une douche sans prétention », avait pensé Mireille. Un verre de coca light à la main, elle passa donc par la salle de bain, avant de se mettre à table.
L’eau était agréablement chaude. Lorsque Mireille se sécha, elle aperçut les nuages de buée sur le miroir. Cela fit ressurgir de sa mémoire un vieux réflexe de son enfance : de son index droit, elle dessina un petit visage rigolo sous lequel elle écrivit « je t’aime » en lettres de netteté.
Perdue dans ses pensées, elle sursauta à l’appel agacé de Mylène qui trépignait, un saladier à la main.
Les deux sœurs prirent leur dîner, en contraste : l’une presque nue, enveloppée d’une simple serviette de bain jaune vif, le sourire dans les yeux ; l’autre vêtue trop à l’étroit, dans un pull chaussette brun délavé, le regard triste.
Contre toute attente, Mylène prit rapidement la parole. Elle interrogea sa sœur sur ses occupations du jour et la métamorphose opéra. Jeune secrétaire dynamique, Mireille avait passé une journée très productive, faite de multiples rencontres. Le compte-rendu tonique et vivant de l’emploi du temps de la jeune femme anima Mylène, qui n’en finissait plus de poser des dizaines de questions précises et précipitées.
Au dessert, en complices et, très excitées, le rouge aux joues et le rire facile, les deux jeunes femmes décidèrent de terminer la soirée devant un bon film, la vaisselle pouvant attendre le lendemain. Main dans la main, comme quand elles étaient petites filles, elles se laissèrent transporter dans le monde du septième art.
Mylène s’endormit rapidement. A la fin du générique, pour ne pas la déranger, Mireille étendit sur sa sœur son essuie de bain, désormais sec. De son rouge à lèvres qui traînait par là, elle écrivit sur la table de verre : « alors, passionnant ce thriller ? ». Puis elle alla se coucher.

Le lendemain, Mylène se réveilla la première. La vue de l’inscription éphémère de sa sœur la contraria : elle détestait cette habitude. Celle-ci lui donnait un surplus de travail mais, surtout, l’obligeait à considérer les reflets, pas toujours agréables, d’un miroir ou de toute autre surface réfléchissante. La jeune femme se pencha sur la vitre et soupira. D’un geste lent, elle effaça les traces du rouge à lèvres et ne put s’empêcher d’apercevoir les cicatrices. Boursouflées, elles s’imposaient à elle comme autant d’années de souffrance. Depuis quinze ans, Mylène tentait avec peine de supporter ce visage monstrueux que lui avait infligé le chien d’un voisin inconscient, sous l’influence de la boisson. On avait abattu l’énorme animal agressif qui avait emporté, dans la mort, tous les rêves de jeune fille de l’adolescente.
Sur le coup de sept heures trente, Mireille apparut, rayonnante. Sa sœur jugea inutile le reproche des mots griffonnés, à la hâte, avant le coucher. Cela aurait déclenché l’éternelle discussion mêlant les regrets, la nostalgie, la tristesse, la révolte et les projets de chirurgie esthétique dont ne voulait absolument pas entendre parler Mylène, totalement phobique à l’idée d’une anesthésie.
« Le sort en a décidé ainsi », se résignait-elle à penser, tout en menant l’existence de sa sœur par procuration. N’était-elle pas son image, sa parfaite réplique, avant l’accident ?
Elles vivaient ensemble depuis toujours et cela leur convenait : Mireille était l’actrice, Mylène la spectatrice, telles que rien ni personne ne pourrait jamais leur voler cette intime connivence.

Mireille déballa son sandwich. Elle en mordit un gros morceau. La salade de crevettes qu’il contenait, gourmand, s’étala généreusement en jaillissant brutalement de toutes parts sur le chemisier, la jupe et la chaussure de la jeune femme. Cela la fit sourire.
« Qu’il est donc difficile de manger proprement ce genre de repas calorique ! », pensa-t-elle. Ce devait être le prix à payer, l’avertissement, la punition à l’écart de régime qu’elle s’octroyait.
Une fois les dégâts réparés et le restant du sandwich avalé, Mireille se refit une beauté.
Sortant de son sac à main, un petit miroir que lui avait jadis offert Mylène, elle se repoudra.
Autour d’elle, des étudiants révisaient leurs cours de l’après-midi et quelques joggeurs s’adonnaient à leur activité préférée.
Une sensation d’être soudainement épiée interrompit son geste. Elle leva les yeux. Un superbe sportif barbu et bronzé, vêtu d’un short de cycliste moulant et d’un tee-shirt maculé de transpiration, l’observait. Stéphane lui adressa la parole. Mireille rangea son miroir et le jeune homme s’assit à ses côtés. Ils se revirent le lendemain, la semaine suivante pour, finalement, entamer une relation de plus en plus forte.
Ils devinrent amants.
Désormais, Mireille et Mylène avaient tant à se confier que la télévision restait silencieuse et que ni l’une ni l’autre ne s’endormait plus avant minuit.
Très vite, arriva le moment où Stéphane émit le désir de vivre avec Mireille. Celle-ci lui fit part de l’attachement qui la liait à sa sœur mais, il ne voulut rien entendre : il l’aimait infiniment et souhaitait fonder avec elle une famille. Mireille en fut heureuse et triste à la fois.
Quelque temps plus tard, un dîner fut organisé afin d’envisager l’avenir, mais rien ne fut abordé. La conversation resta banale, Stéphane parut touché par le visage meurtri de Mylène qui, quant à elle, sembla fort troublée par la présence de cet intrus à ses habitudes du soir. Mireille fut tout simplement agacée par leurs non-dits.
Stéphane partit tard et les deux sœurs se disputèrent car, si Mylène acceptait le jeune ami de sa sœur, l’idée de perdre leurs conversations intimes lui était insupportable. Elle se sentit abandonnée et, l’alcool faisant, le ton monta. Des cris retentirent. Mireille claqua la porte et partit précipitamment rejoindre son amant, non sans avoir bousculé, sur le palier, un homme qui, visiblement éméché également, tentait désespérément d’introduire la clef dans la serrure de son appartement.
Le couple passa une mauvaise nuit.
Le matin, Mireille décida de s’installer définitivement chez Stéphane.

La journée au bureau s’effilocha lentement. L’appartement des deux sœurs était vide.
Mireille rassembla quelques affaires qu’elle poussa à la va-vite dans un sac de voyage. Elle aurait aimé faire la paix avec Mylène, lui dire qu’elle l’aimait, qu’elle désirait poursuivre leurs conversations intimistes, de temps en temps ou par téléphone. Jamais, elle ne la laisserait tomber ni même ne la trahirait, malgré Stéphane.
Dans la salle de bain, elle saisit nerveusement ses lotions et crèmes diverses. Une bombe de laque bascula. Elle entraîna dans sa chute une petite boîte en fer blanc, dont le contenu se répandit sur le carrelage encore humide d'une douche récente. Sur des feuillets sans forme, elle reconnut l’écriture de Stéphane. Indiscrète, elle lut et comprit, sans équivoque, les non-dits de son amant et de sa sœur, au repas de la veille.
Sans trop savoir pourquoi, Mireille eut ce geste familier : elle passa l’index sur les ultimes traces de buée restées sur le miroir. Puis, elle se sauva.

Trois jours plus tard, les journaux titrèrent :
« Un homme retrouvé assassiné dans son appartement, le visage défiguré et une inscription écrite en lettres de sang sur le miroir du salon : je vous hais.L’enquête piétine. »

Mireille et Mylène remontaient l’avenue commerçante de leur quartier. Toutes deux se tenaient par le bras, frileuses, les cheveux tirés en arrière, le visage figé.
Mireille fixait l’horizon, la tête droite. Mylène risqua un coup d’œil dans la vitrine d’un bijoutier. Il servait une jeune dame, qu’accompagnait un monsieur très élégant. Elle était rousse et portait un chapeau vert. Elle choisissait une bague et son compagnon, indécis, croisa le regard de Mylène qui ne baissa pas les yeux.
Les deux sœurs rentrèrent dans leur immeuble dont le miroir de l’entrée refléta l’image d’un couple insolite. Elles prirent l’ascenseur et, sur le palier, ne prêtèrent pas attention à l’homme qui, quelque peu éméché, tentait désespérément d’introduire la clef dans la serrure de son appartement.
A ses pieds, un énorme chien agressif grogna au passage des deux femmes.L’homme dévisagea Mylène.

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01/06/2005

La plus courte...

Et la petite fille demanda à l’adulte :
« Dis maman, l’eau qui nettoie peut-elle empècher qu’une vie se salisse ? »

Écrit par Hollynx   |     |   |   1 passage(s)