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21/07/2005

L'énigme du miroir

Mathieu referma le livre, un goût de trop peu dans la bouche. « Quelle histoire extraordinaire que cet amour fou d’une riche héritière pour son confesseur ! », soupira-t-il. Amour platonique qui ne se concrétisa qu’un soir pour donner naissance, neuf mois plus tard, à un petit garçon : l’enfant du péché.
Dès les premières pages du roman, Mathieu s’était pris d’affection pour la jeune héroïne blonde. Elle lui rappelait sa mère. N’avait-elle d’ailleurs pas le même prénom : Adeline ?
Quant à ce prêtre, tout comme son propre père, il avait fui ses responsabilités. Adeline s’était donc retrouvée seule avec son chagrin et un fils à élever. Fils qui, très tôt, développa un talent certain pour l’écriture.
Ecrivain lui-même, Mathieu n’avait pu que s’identifier à cet enfant sans père, à la maman admirable.
D’autres détails pour le moins surprenants le firent réagir : l’enfant de l’histoire s’appelait Mathias, il était fils unique, comme lui, il était resté célibataire, comme lui et portait à sa mère un amour infini, comme lui.
Etait-ce de simples coïncidences ou l’utilisation de sa vie par un usurpateur ?
Ce livre enveloppait Mathieu de nostalgie. Durant vingt ans, il avait vécu de sa plume puis, à la mort de sa mère, l’inspiration l’avait quitté. Ce livre était le livre qu’il aurait dû écrire. On lui avait volé sa vie : tous les endroits qui lui étaient familiers, tous ses souvenirs. Un vol qui permettait à cet inconnu, V. Enguerran, de vivre et d’exister grâce à SA vie.
Quelle force mystérieuse avait poussé les doigts de Mathieu à choisir ce livre parmi tous les autres de la bibliothèque ?

Mathieu décida de contacter l’auteur.
Victoria Enguerran lui répondit dans les quinze jours. Une femme ! Jamais il n’aurait imaginé une pareille chose. Il rédigea une seconde lettre, afin d’en savoir plus et une longue correspondance suivit, durant des mois.
Ce qui devait arriver arriva : Mathieu tomba amoureux de Victoria. Rien de bien étonnant, mais la suite de l’histoire…
Très vite, Mathieu voulut rencontrer l’écrivain : leurs sentiments semblaient réciproques et encore jeune, il ne pouvait raisonnablement plus vivre dans le culte de sa mère qui, pour lui, avait tout sacrifié.

La rencontre fut programmée un lundi. Un lundi, à l’Auberge du Lac. Mathieu avait choisi cet endroit car il était proche du domicile de Victoria et puis, parce que cette auberge était un lieu réputé pour son romantisme et sa proximité avec la nature, ce qui ne pourrait que plaire à la jeune femme. Effectivement, elle accepta l’invitation.
La semaine s’étira et le lundi se présenta à Mathieu qui tentait d’imaginer la romancière sous son plus beau jour : elle serait blonde, il en avait la certitude. Elle serait grande, jolie, intelligente, grâcieuse, le regard vif. Sa voix résonnait déjà en lui, il l’entendait, il la sentait toute proche. Il n’avait aucun doute : ils étaient faits l’un pour l’autre.
Le jeune homme arriva le premier à l’Auberge du Lac. La journée promettait d’être belle. Ils feraient une balade en barque, un repas léger, ils passeraient ensuite des heures à discuter, à se trouver et, pourquoi pas, à s’aimer. Mathieu choisit une table faisant face à un miroir d’ambiance, au fond de la salle ainsi, il la découvrirait dès son entrée et la magie en serait encore plus forte.
Il resta longtemps à ne contempler que sa propre image : Victoria n’apparut jamais. Il ne put se retourner, lui offrir son plus beau sourire, ses plus beaux mots, un « bonjour, ma chère, comme vous êtes jolie ! »
Il l’avait tant et tant répétée, cette scène. Il la connaissait par cœur. Elle s’écroula pourtant sans aucune façon, quand l’aubergiste, timidement, lui déclara qu’il devait fermer.

Alors, avant de quitter l’endroit, comme à l’accoutumée, il tira de sa poche le stylo dont il ne se séparait jamais. C’était un cadeau de sa mère, elle le lui avait offert pour ses trentre ans, juste avant de mourir. D’une main tremblante, il écrivit sur la nappe de papier : « Cher Mathieu, pourquoi ne pas être venu à notre rendez-vous ? Vous sembliez pourtant si désireux de faire ma connaissance. Je vous aime. Victoria. » Il abandonna ensuite la table du fond de la salle, sans un mot mais avec un regard qui glaça le tenancier.
Le lendemain, on découvrit le corps d’un homme flottant à la surface du lac. Sans papiers mais avec, dans la poche, un manuscrit détrempé où l’on pouvait encore lire distinctement : Mathias, le fils maudit, V. Enguerran.

Si vous aimez les énigmes et avez l’esprit ludique, je vous invite à découvrir un blog qui en vaut le détour :

http://skynetor2.skynetblogs.be

Écrit par Hollynx   |     |   |   4 passage(s)

Commentaires

Superbe ! Très jolie histoire sur le dédoublement de la personnalité... ? :-))

Écrit par : PhiL | 21/07/2005

Bien vu ;-) Le spectre de psychose... J'adore !

Écrit par : Hollynx | 21/07/2005

test skynet test skynet

Écrit par : test skynet | 26/07/2005

Etrange histoire où le miroir nous découvre il et elle englués dans une sombre affaire d'amour...
Pensées amicales :-))

Écrit par : Nortine | 27/07/2005

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