27/09/2005

La chute des feuilles

« Dis, pourquoi les arbres perdent-ils leurs feuilles en automne ? », demanda la petite fille à sa poupée.
La poupée, confidente de l’enfant, fut bien embarrassée. Elle réfléchit un instant, puis se mit à raconter.

Dans le monde des jouets d’où je viens, on raconte qu’un jour, l’arbre le plus puissant de la forêt tomba amoureux du soleil. A cette époque, il n’y avait pas de saison, tous les jours étaient pareils, les heures se superposaient et les secondes ne faisaient pas des minutes. On dit même que les nuits étaient si courtes que la lune n’avait jamais le temps d’être pleine. Cependant, les jours se mirent à raccourcir et les nuits commencèrent à s’allonger. La lune passa du croissant à la demi-lune et parfois dessinait un cercle parfait. Certains prétendirent que c’était pour plaire au soleil.
Cette remarque ne laissa pas l’astre de feu indifférent et, très rapidement, le bruit d’un rendez-vous entre les deux intéressés courut.
Pendant ce temps, sur la terre, au fond de la forêt, l’arbre le plus puissant n’arrêtait pas de pousser et de s’étoffer car il avait, en son cœur, le désir secret d’atteindre le zénith et d’épouser le soleil. C’est ainsi que quand la rumeur de l’idylle des deux astres lui parvint aux oreilles, une colère terrible s’empara de lui.
Rien n’y fit : le rendez-vous des amoureux eut lieu en une magnifique éclipse, dont tous les habitants du monde imaginaire dont je te parle se souviennent encore aujourd’hui. La lune enlaça le soleil qui l’étreignit de ses beaux rayons, dans une étreinte qu’ils croyaient éternelle.
Dans sa forêt, l’arbre hurlait, trépignait et gesticulait comme un forcené : la folie l’avait gagné et il criait vengeance, les bras levés au ciel et ses feuilles tombant à ses pieds, en des larmes de sang.
Un dieu en eut assez de ce chaos : il stoppa l’éclipse, sévit et dicta sa loi : dorénavant, le temps serait répartit en saisons afin que chacun y trouve son compte et lui, le calme. Le soleil fut promu maître du jour, la lune maîtresse de la nuit et l’arbre, roi de la forêt.
Le nouveau roi n’accepta pas cette sentence et il transmit à sa descendance une rancœur puissante et indestructible. Et c’est ainsi, vois-tu, qu’à chaque fois que les jours raccourcissent, les arbres deviennent mélancoliques et pleurent des larmes de sang aux reflets d’argent.

La poupée regarda la petite fille qui restait sans réaction : elle s’était endormie…

Écrit par Hollynx   |     |   |   7 passage(s)

26/09/2005

Le plaisir partagé de lire et écrire

« Ecrire est un acte d’amour. S’il ne l’est pas, il n’est qu’écriture », disait Cocteau.

Dparole est un site pas comme les autres : des auteurs de divers horizons s’y retrouvent avec cette envie de partager des mots avec vous.
Leurs textes sont mis en scène dans un bouquin interactif que vous feuilletterez avec plaisir.

Venez nous y retrouvez, cela vaut le détour… http://www.dparoles.net/

Écrit par Hollynx   |     |   |   0 passage(s)

22/09/2005

L'allumette

La petite allumette s’ennuie. Seule dans sa boîte, elle attend.
Sa coiffe de soufre est intacte et pourtant, personne ne fait attention à elle. Le calme plat : toutes ses sœurs sont parties en fumée mais elle, elle reste là, malgré un changement de place, ce matin car de l’étagère au-dessus de la cuisinière, elle est passée au tiroir où elle attend.
Où elle attend et où elle s’ennuie.
On aurait dû faire appel à elle, pourtant : l’eau du café à chauffer, le bulex de la salle de bain à enclencher, les becs de gaz à brancher, les bougies du salon à allumer, sans parler du cigare de monsieur.
La petit allumette s’ennuie. Seule dans sa boîte, elle attend.
Puis, elle entend un clic. Un clic caractéristique : le clic d’un allume-gaz…
La petite allumette est déçue : elle n’aime pas ce rival des temps modernes, mais elle ne perd pas espoir. Elle attend. Elle attendra quelque temps, au son des clics et des clics et des clics, jusqu’au jour où une main avide viendra la chercher, après le clic de trop : madame ouvrira le tiroir, secouera la boîte, soupirera d’aise et la frottera contre le bord rugueux qui fera d’elle combustion et lumière pour l’éternité.
La petite allumette sourit. Seule dans sa boîte, elle patiente.

Écrit par Hollynx   |     |   |   4 passage(s)

15/09/2005

L'âge de ses artères

La souris sortit précipitamment du trou. Elle vit un bout de pain qu’elle saisit entre ses deux pattes avant. Le museau en soubresaut, les mandibules en activité, elle fut surprise par un vieux matou, les sens en éveil mais l’esprit engourdi.
Il observa le rongeur sans vraiment réaliser son bonheur puis, stratégiquement, il approcha. S’étirant du mieux qu’il put, l’arthrose de sa colonne, l’arthrite de ses pattes et l’usure de ses coussinets eurent raison de sa discrétion.

La petite souris se retourna et elle se trouva à quelques centimètres de son prédateur. Qu’elle ne fut pas sa stupéfaction de le voir reculer.
Prudente, elle demeura inerte et le gros chat recula encore de quelques pas. Il ajusta sa vue presbyte et dans un effort grimaçant, tenta un énorme bond en avant. Il attérrit sur le ventre, tandis que la souris passait sous ses pattes arrière, évitant de justesse le plat de son embonpoint. Elle enjamba prestement la queue du félin et disparut dans sa tanière, non sans avoir rassemblé les dernières miettes de sa pitance.

Le chat, encore tout étourdi, la regarda faire, il soupira et retourna se coucher au coin du feu...

Écrit par Hollynx   |     |   |   11 passage(s)

08/09/2005

Le pouvoir des mots

Regarde. Touche. Parle.
Souris-lui. Caresse-la. Dis-lui.
Le pouvoir d’un regard, le pouvoir d’un geste, le pouvoir d’un mot.

Je regarde la vie qui s’écoule et je voudrais la retenir entre mes doigts mais quelque chose me dit qu’en la gardant ainsi prisonnière je ne pourrai vivre heureuse. Alors, je la laisse s'échapper, je l’observe dans ses méandres et je lui rends hommage par ces souvenirs que je viens partager avec vous.

Le pouvoir des mots... C’est probablement ça, la vie.

Écrit par Hollynx   |     |   |   8 passage(s)

01/09/2005

La rentrée

Chaque rentrée scolaire me chatouille les narines et me taquine la mémoire.
J’aime me rappeler l’odeur de mes premières heures d’école primaire...

La veille, ouvrir mallette et plumier afin de tout vérifier une dernière fois et ne pas pouvoir s’empécher d’y poser le nez. L’odeur du cuir qui vous envahit, celle des bics bleus qui vous secoue, celle de la mine du crayon noir qui vous séduit et celle du pot de colle, à la palette logée dans son encoche, qui vous enivre.
Le lendemain, la boîte à tartines que l’on referme, le Léo que l’on glisse dans une poche du devant, le berlingot calé sur un côté, entre le taille-crayon et la boîte à bons points. Une boîte à cigarillos avec encore au fond quelques miettes de tabac. Une odeur forte qui se mélange si bien au chocolat, au salé du jambon, au cossu des matières et au nouveau des objets.
En classe, un mobilier nettoyé avec soin qui dégage une odeur de savon vert à en faire pâlir de jalousie Monsieur Propre et qui, rapidement, se mèle aux effluves lourds de la cire des bancs et des armoires. Les petites filles Bébé Cadum, les petits garçons Lux et madame Debruges à l’eau de toilette écoeurante.
Et puis, tant attendue, la distribution des cahiers et des livres neufs. J’en garde cette habitude d’en faire tourner les pages sous mes narines avant de les ouvrir, la première fois.
Le papier, l’imprimerie, les mots, les phrases, la connaissance, je les retrouve aujourd’hui encore à chaque rentrée des classes quand, au rayon papeterie, entourée de bambins de tous les âges, je me laisse aller à me souvenir.

Écrit par Hollynx   |     |   |   4 passage(s)