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29/10/2005

Un soir de brume...

Toute la côte était envahie d’une brume légère. Légère dans sa texture à frôler le sable mais lourde dans l’atmosphère d’étouffement qu’elle engendrait. On ne voyait pas à plus de quelques mètres et la sensation d’humidité était forte.
Stéphane marchait déjà depuis pas mal de temps, n’ayant encore rencontré aucune forme humaine. Même les mouettes semblaient bouder la plage, ce matin-là. Seules les vagues l’accompagnaient mais il n’y prenait garde. Il marchait. Il marchait d’un pas décidé, droit devant, en parallèle à la mer dont l’écume venait taquiner ses chaussures.
Stéphane ne regardait rien, il pensait. Il pensait les deux mains dans les poches de sa veste. Il pensait et il marchait.
Un petit crabe vint mourir à la pointe de son pied gauche mais son pied droit l’entraîna deux pas plus loin. Un coquillage crissa sous sa semelle, une vague plus forte mouilla le bas de son pantalon mais il marchait et n’y prêta pas attention. C’était comme si les flots n’avaient pas été là, cachés sous la couche de brume qui les recouvraient.
Puis, Stéphane s’arrêta. Il tira une feuille de papier de sa poche, il la lut, la replia, la déchira et la jeta sur le sable. Une vague plus hardie s’en empara et les mots de Stéphane disparurent dans l’immensité grise et mobile.

Un léger vent se leva. On entendit gronder la mer comme si elle voulait entrer en contact avec lui. Elle tentait de lui parler. Elle voulait lui dire des choses. Des choses que seule la mer pouvait lui dire.
La marée se fit montante ce qui obligea le jeune homme à rejoindre le sable sec. Sa marche sembla plus difficile, son dos se courba, il remonta son col et enfonça davantage les mains dans ses poches.
Soudain, il stoppa net. Il fit face à la mer et sans la moindre hésitation, il avança vers elle. Les vagues firent un barrage d’eau plus sauvage mais Stéphane l’enjamba jusqu’à en avoir sous les bras, qu’il écarta, comme pour mieux en profiter. Puis, il continua sa marche droit devant, ignorant le grondement de cette masse d’eau qui tentait un ultime message.
Il ne broncha pas quand l’eau entra dans sa bouche, son nez, ses oreilles. Cette fois, la mer démissionna, respectant la volonté du jeune homme. Son front disparut, puis ses cheveux puis, plus rien. Plus rien que ces longs hurlements de chien, au loin. Très loin. Si loin.

J’aime me promener certains soir de brume au bord de la mer, je crois entendre pousser de longs hurlements comme un chien. Et si la mer se rappelait. Si la mer s’en voulait de n’avoir pu, l’espace d’un instant, tirer Stéphane de ses sombres pensées et lui faire découvrir un petit crabe venu mourir à ses pieds, un coquillage venu s’offrir à sa vue, un peu d’écume venue éponger sa peine.

Écrit par Hollynx   |     |   |   4 passage(s)

Commentaires

Ah... ce "Stéphane" ... :^)

(belle photo, chargée de symboles)

Écrit par : PhiL | 30/10/2005

Ben oui... Le prénom qui se marie le mieux avec les mots.
En plus, Stéphane n'a jamais existé dans ma vie, c'est pour cela que c'est facile de lui faire endosser tous les rôles.
C'est vrai, il est présent dans toutes mes nouvelles : un rituel, un porte-bonheur ? Je ne sais pas...

Écrit par : Hollynx | 30/10/2005

Merci Hollynx Quand les fins se font tristes, je m'en vais catimini, un petit bleu au coeur, je rumine... Dans ma tête, je lis et relis sans cesse les mots jusqu'à la marée calme sous la sélène d'argent, puis je reviens - tout doux - contempler les étoiles que la mer dépose sur l'estran, comme un espoir qui me dit:" Regarde tout là-haut, le rire de Stéphane étoile au firmament..."

Écrit par : Nortine | 16/11/2005

Nortine, Merci, tout simplement...

Écrit par : Hollynx | 17/11/2005

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