31/10/2005

Métro, boulot, dodo



(Cliquer sur u pour voir la vidéo créée par Tanguy de Question de Style)

« Vite, plus vite, encore plus vite, pas assez vite.
J’ai pas le temps, plus vite, plus vite !
Je suis pressé, je suis en retard, vite, vite. »
Le petit garçon recule pour laisser passer l’homme.
Il hurle : « Monsieur, monsieur, arrêtez, vous vous trompez de sens ! »
Il est trop tard… l’homme qui remontait le temps a disparu dans la nuit des temps.

Écrit par Hollynx   |     |   |   6 passage(s)

29/10/2005

Un soir de brume...

Toute la côte était envahie d’une brume légère. Légère dans sa texture à frôler le sable mais lourde dans l’atmosphère d’étouffement qu’elle engendrait. On ne voyait pas à plus de quelques mètres et la sensation d’humidité était forte.
Stéphane marchait déjà depuis pas mal de temps, n’ayant encore rencontré aucune forme humaine. Même les mouettes semblaient bouder la plage, ce matin-là. Seules les vagues l’accompagnaient mais il n’y prenait garde. Il marchait. Il marchait d’un pas décidé, droit devant, en parallèle à la mer dont l’écume venait taquiner ses chaussures.
Stéphane ne regardait rien, il pensait. Il pensait les deux mains dans les poches de sa veste. Il pensait et il marchait.
Un petit crabe vint mourir à la pointe de son pied gauche mais son pied droit l’entraîna deux pas plus loin. Un coquillage crissa sous sa semelle, une vague plus forte mouilla le bas de son pantalon mais il marchait et n’y prêta pas attention. C’était comme si les flots n’avaient pas été là, cachés sous la couche de brume qui les recouvraient.
Puis, Stéphane s’arrêta. Il tira une feuille de papier de sa poche, il la lut, la replia, la déchira et la jeta sur le sable. Une vague plus hardie s’en empara et les mots de Stéphane disparurent dans l’immensité grise et mobile.

Un léger vent se leva. On entendit gronder la mer comme si elle voulait entrer en contact avec lui. Elle tentait de lui parler. Elle voulait lui dire des choses. Des choses que seule la mer pouvait lui dire.
La marée se fit montante ce qui obligea le jeune homme à rejoindre le sable sec. Sa marche sembla plus difficile, son dos se courba, il remonta son col et enfonça davantage les mains dans ses poches.
Soudain, il stoppa net. Il fit face à la mer et sans la moindre hésitation, il avança vers elle. Les vagues firent un barrage d’eau plus sauvage mais Stéphane l’enjamba jusqu’à en avoir sous les bras, qu’il écarta, comme pour mieux en profiter. Puis, il continua sa marche droit devant, ignorant le grondement de cette masse d’eau qui tentait un ultime message.
Il ne broncha pas quand l’eau entra dans sa bouche, son nez, ses oreilles. Cette fois, la mer démissionna, respectant la volonté du jeune homme. Son front disparut, puis ses cheveux puis, plus rien. Plus rien que ces longs hurlements de chien, au loin. Très loin. Si loin.

J’aime me promener certains soir de brume au bord de la mer, je crois entendre pousser de longs hurlements comme un chien. Et si la mer se rappelait. Si la mer s’en voulait de n’avoir pu, l’espace d’un instant, tirer Stéphane de ses sombres pensées et lui faire découvrir un petit crabe venu mourir à ses pieds, un coquillage venu s’offrir à sa vue, un peu d’écume venue éponger sa peine.

Écrit par Hollynx   |     |   |   4 passage(s)

23/10/2005

De circonstance...

Hallowe’enNovembre, nuit noire, vent glacial et bruits suspects. Depuis des heures, sorcières, squelettes et morts vivants hantent les rues de leurs danses macabres, à la recherche de quelques victuailles. De porte en porte, les ritournelles font écho, glânant par-ci par-là friandises et bonbons.
C'est la nuit d'Halloween, frissons garantis pour âmes sensibles.
Steven n'est pas de celles-ci. Depuis plus d'un mois, dans un coin de sa chambre, son costume est fin prêt. C'est donc avec colère que, ce matin, il a constaté la disparition de son masque. Qu'à cela ne tienne, retroussant ses manches, il s'est procuré une citrouille et s'est mis au travail sans tarder.
Les déchets du légume jonchent le sol de la pièce et l'on entend crisser le canif du garçon sur l'écorce. Le temps passe. Le calme et la persévérence du matin ont fait place à l'impatience et à l'acharnement d'un gamin désespéré de ne pouvoir se joindre à la ronde diabolique de cette nuit magique. Vite, encore quelques retouches, il n'est peut-être pas trop tard.
La pendule familiale sonne les onze coups. Un petit effort, Steven et ta citrouille te regardera de ses yeux vides et te sourira de sa bouche béante. Vite...
Tout à coup, le garçon s'arrête: son masque est terminé, il est parfait avec son rictus figé et glacial. Personne ne résistera, c'est certain.
Ne prenant garde de rassembler les déchets, Steven enfile sa robe noire. Se regardant dans le miroir, il constate que la chasuble est bien plus courte que l'année dernière mais la nuit ne dévoilera qu'à peine la pointe de ses chaussures. C'est qu'il a bien grandi, cet été. Son entourage s'étonne d'ailleurs qu'il veuille encore, du haut de ses quatorze ans, fêter Halloween de façon aussi acharnée mais Steven sait que ce sera la dernière fois, raison pour laquelle il compte en profiter un maximum, bien camouflé sous sa citrouille, dans le souvenir de l'insouciance de ses huit ans.
Saisissant d'un air satisfait le légume que, durant des heures il a creusé, Steven le porte à son front.
A ce moment précis, ses parents restés dans le salon entendent un hurlement bestial, suivi d'un bruit sourd que d'autres petits sons flasques perpétuent dans toute la maison. Se précipitant à l'étage, ils découvrent leur fils au prise avec une colère hystérique, piétinant avec rage le masque qu'il avait sculpté durant toute la journée.

Il n'y aura pas d'Halloween pour Steven, cette année: il n'avait pas prévu, qu'au seuil de l'adolescence, non seulement le corps grandissait...

Écrit par Hollynx   |     |   |   4 passage(s)

20/10/2005

Je veux des mots...



Une page d’écriture.
La vie en mots. Les mots de la vie.
Peu importe le support : l’appel est clair, l’échange est là.

D’autres tranches de vie en mots et dessins : http://graf.skynetblogs.be

Écrit par Hollynx   |     |   |   2 passage(s)

19/10/2005

Peur d'adolescence


Si je pouvais lui dire. Si je pouvais lui avouer que je donne si peu de moi parce que…
S’il pouvait entendre. S’il pouvait entendre que, quand je suis triste, mon désir est qu’il me donne les éclats de mon printemps, terni par la chose qu’il connaît si bien : le semblant qui s’accroche à mon âme.
S’il pouvait savoir. S’il pouvait savoir que, quand il me supplie de l’aimer, j’ai tout donné et tout repris instantanément et que j’en suis si malheureuse car je vois alors la nuit sans fin qui se referme sur moi.
De l’héritière, je deviens l’orpheline, l’amour refusé alors que mon cœur ne bat que pour lui dans ce ghetto de fausse indifférence, bouclier à ma joie et frein de ma vie de jour.

Écrit par Hollynx   |     |   |   2 passage(s)

16/10/2005

Jardin d'automne

L’automne a coloré le jardin de jaune et d’orange...

Le soleil bas torture les feuilles des arbres qui se séchent sur les branches, se détachent et s’en vont mourir sur le sol encore tiède de l’été.
J’aime les écraser du pied et entendre leur crissement quand, telles de grandes mains gantées, elles griffent la terre du chemin et tentent de camoufler les marrons trop vite tombés.

Écrit par Hollynx   |     |   |   1 passage(s)

14/10/2005

Vous avez dit bonheur ?

Côte à côte, yeux dans les yeux, main dans la main, puis joue contre joue, les amoureux n’ont pas d’âge, ils n’ont qu’une âme et sont seuls dans la foule.
La foule les frôle, les regarde, les envie ou les ignore, les amoureux ne font qu’un parmi les autres.
Côte à côte, yeux dans les yeux, main dans la main, puis joue contre joue, un homme et une femme arrêtent le temps dans l’espace où les hommes et les femmes courent pour tenter de le rattraper.

Le bonheur, n’est-il pas cet arrêt du temps, où les secondes refusent de faire des minutes, où les minutes prennent la poudre d’escampette, tandis que les heures se prélassent sur le bord du cadran et que les aiguilles s’immobilisent d’étonnement ?

Écrit par Hollynx   |     |   |   4 passage(s)

09/10/2005

Des mots d'amour dits avec les yeux... Cliquez !



Un véritable plaisir, des découvertes, une mise à l'honneur d'artistes trop peu connus :

http://click-on-image.skynetblogs.be

Écrit par Hollynx   |     |   |   4 passage(s)

05/10/2005

Le rendez-vous


Ce soir, j’ai rendez-vous avec Marie.
Marie est une amie d’enfance, quoiqu’une dizaine d’années nous séparent. Nous habitions le même immeuble et nous allions à la même école. Elle doit avoir bien changé. La dernière fois que je l’ai vue, elle avait quinze ans. Je l’avais invitée à mon mariage. Je me souviens qu’elle avait été très émue, durant la cérémonie. Je représentais probablement à ses yeux le modèle, une sorte d’idéal ou que sais-je encore ? De me voir heureuse au bras de Bernard, elle avait pleuré.
Nos chemins se sont ensuite séparés. Je n’ai jamais cherché à la revoir mais j’ai toujours gardé en moi une pensée toute particulière pour cette fille.

Je scrute ma montre : dans deux heures, nous nous parlerons. Je me dirige vers la garde-robe : que mettre pour ces retrouvailles ? Des retrouvailles totalement inattendues : une adresse retrouvée, un coup de fil, un rendez-vous.
Ce petit tailleur gris et ce chemisier fantaisie devraient faire l’affaire.
J’arrive la première au petit restaurant que nous avons choisi : une pizzeria dans un quartier typique de la ville. L’Italie sera le témoin de nos souvenirs !
Je me sens un peu stressée. Pourvu qu’elle ne soit pas en retard.

La porte s’ouvre. Je me redresse sur ma chaise : c’est un couple de petits vieux qui s’installe non loin de moi. Deuxième angoisse : un jeune homme timide se dirige, sans un regard, vers la chaise libre la plus proche de la porte. Angoisse numéro trois : c’est elle, j’en suis certaine. Elle n’a pas changé. Elle a mûri. Cette maturité lui va bien, malgré un regard que je trouve un peu inquiet.
Marie me sourit et vient vers moi, d’un pas décidé. Nous nous faisons la bise.
L’amorce de la conversation est difficile mais notre tempérament de bavardes reprend vite le dessus. Cette initiative me rassure car, ayant remarqué une alliance à son index gauche, je ne voyais pas en quoi ma vie de femme divorcée allait l’intéresser. J’apprends très rapidement que Marie s’est mariée à 22 ans avec Pierre, un ingénieur. Trois enfants en cinq ans, une grande maison dans la banlieue, une vie sociale active, des amis, des sorties, le rêve quoi. Une fraction de seconde, le minuscule studio que je loue pour presque rien me vient à l’esprit. Et cette vie familiale, confortable, sans travail, sans patron, sans horaire à respecter… La vie au singulier, face au pluriel de l’existence ! Je soupire au fond de moi

Tout à coup, un sentiment étrange m’envahit : Marie n’est pas heureuse. Elle parle du passé, du présent mais, à aucun moment elle n’envisage le futur.
Brutalement, je reprends contact avec la réalité car elle me demande de parler de moi : que lui dire ? Une jeunesse idyllique, un mariage d’amour, un travail passionnant, un amant deux années durant, les sorties du week-end puis, le divorce, la solitude, les premiers cheveux blancs, la rupture avec l’amant, le boulot auquel on ne croit plus et les trop longues soirées d’hiver…
« Oh, moi… une vie sans histoire, divorcée et libre ! ». Oui, une vie sans histoire, un passé-bonheur, un présent-espoir et un futur-incertitude. Marie s’étonne de la brièveté de ma réponse. Pourtant, c’est bien ainsi que se résume ma vie.

La pizza que nous apporte le serveur est énorme. Nous la dégustons de bon cœur, tandis que le Chianti commence à faire sentir son effet. Les neurones embrumés d’effluves d’Italie, nous payons l’addition et nous nous retrouvons dans l’air frais de la nuit. Nous faisons quelques pas ensemble et nous nous quittons à la portière de ma voiture, nous promettant de nous appeler la semaine suivante.

Une centaine de mètres plus loin, des travaux m’ayant contrainte à un détour, j’aperçois Marie à l’arrêt des autobus. Je klaxonne. Je l’appelle. Embarrassée, elle s’approche :
« Tu n’as donc pas ta voiture, Marie ? »
« Comme tu vois et Pierre déteste prêter la sienne… »
« Monte, je te raccompagne ! »
Durant tout le trajet, Marie ne dit pas un mot. L’ai-je choquée ? Mesurant l’ampleur de son malaise, je respecte ce silence qui, curieusement, nous rassure.
Une fois devant chez elle, elle me remercie, m’embrasse à nouveau et me rappelle notre prochain rendez-vous.

Il est tard, je me couche sans m’être démaquillée, satisfaite de cette soirée pour le moins enrichissante car jusque là, qu’elle occasion m’avait été donnée d’apprécier ma vie à sa juste valeur ? Je ferme les yeux et un sommeil de plomb m’envahit instantanément

Cela fait trois semaines que nous nous sommes rencontrées. Marie ne m’a pas appelée. Je ne l’ai pas appelée non plus car un surplus de travail n’a cessé de me poursuivre mais, ce soir, je le fais sans faute.
C’est un répondeur qui me répond. Comme je déteste ces engins-là, je ne laisse pas de message : j’appellerai demain.
STUPEUR ! En mordant dans ma tartine, le lendemain matin, j’apprends par le journal que Marie s’est jetée sous les roues d’un train, au passage à niveau jouxtant sa maison…

Écrit par Hollynx   |     |   |   4 passage(s)