31/08/2006

La brindille et l'escargot


La petite brindille frétille : qu’il fait froid, dans ce bois ! L’automne approche, c’est dans la poche. Je n’ai pas envie de ce temps humide…
L’escargot ajoute tout de go : parlez pour vous, moi ça me rend fou ! Cette brise m’enivre et cette brume peu commune, au raz du sol, quel bol ! Je m’en vais me promener, voulez-vous m’accompagner ?
La demoiselle répond, choquée : pas question, pour quelle raison ? tandis que notre ami, hésitant, reprend : pour vous évader et retrouver la liberté.
L’air de rien, l’escargot marqua un point.

La petite brindille frétille : que cette promenade semble agréable ! La liberté est proche, je ne veux pas rater le coche. Que dois-je faire pour vous plaire ?
Le rampant sourit et dit : laissez-vous tomber à mes pieds et je vous emmène, pas de problème.
La petite brindille se tortilla et tomba. L’escargot sur elle s’étala et la dévora. En guise de liberté, elle servit de goûter.

Écrit par Hollynx   |     |   |   5 passage(s)

30/08/2006

Les mots d'un poète hors du commun



Une fois n'est pas coutume, je donne la parole à Grand Corps Malade, grand artiste que j’ai découvert il y a peu avec sa façon toute personnelle d’interpréter le slam. Un être de sensibilité que je tenais absolument à vous faire découvrir…

Écrit par Hollynx   |     |   |   2 passage(s)

26/08/2006

Trente minutes

Il me reste trente minutes.
Non, pas trente minutes à vivre. Enfin, je l’espère !
En vérité, je dispose de trente minutes avant de fermer la porte de mon bureau et oublier le boulot.
Que faire de trente minutes ?
Pas question d’entamer un nouveau dossier et je n’ai pas envie de nettoyer le poisson rouge. Ranger un tiroir ? Après une journée aussi remplie, où trouver l’énergie nécessaire à cette tâche ? Je mangerais bien un biscuit. Il n’y a plus de café et je fais régime depuis hier. Lire un chapitre de mon nouveau livre… Judicieux mais je vais être tentée de lire le suivant et pas question de faire des heures sup. Regarder les oiseaux par la fenêtre et tenter la photo qui fera de mon blog-photo le plus visité demain. Il pleut !

Il me reste vingt minutes.
Le temps passe si vite quand mes idées à le faire passer me surpassent. Je vais rédiger un article pour mon autre blog, je dispose exactement des minutes nécessaires. Comment est-ce possible, je n’ai pas les références ni les notes indispensables à cette tâche ?
Que vais-je donc faire de ces vingt minutes ? Je pourrais déjà fermer à clef la barrière de la propriété, mais si un dernier patient se présentait pour sonner…

Il me reste dix minutes.
Pas le courage de ranger les puzzles éparpillés ou les cubes dispersés. Je le ferai demain car des pièces ont rampé sous l’armoire et il fait trop sombre pour les apercevoir. Pourtant, me mettre à quatre pattes me permettrait de faire les abdos que je me promets de faire depuis des semaines. Non, dix minutes d’abdos, c’est bien trop ! Arroser les plantes ? Voilà ce qu’il me faut. Où est mon arrosoir, elles chancellent de soif ?
Mais, je rêve…il est l’heure ! Où sont donc passées mes dix minutes, mes vingt minutes, mes trente minutes ?
Pas le temps de chercher, je suis en retard.

Écrit par Hollynx   |     |   |   2 passage(s)

18/08/2006

Le cahier neuf

Je suis le cahier neuf et je sens le papier frais. Ma couverture cartonnée est plastifiée avec, bien centrée, une étiquette imprimée.
Mon frère est vert. Moi, on m’a vêtu de rouge, quand je suis né. Mon cousin, spécialiste en calculs, est quadrillé et comme à l’écriture, je suis destiné, je suis ligné.
De corpulence fine, d’autres sont bien plus fins que moi. Regardez ce cahier de dessin !
Je me suis laissé dire que notre espèce était en mutation… D’ailleurs, pas plus tard qu’hier, j’ai vu passer dans un panier une drôle de créature : ce devait être un individu rebelle car sa tranche métallique partait en spirale. Il paraît que cela vous donne davantage de liberté.
Vous savez, une branche de ma famille se fait appeler Atoma. Quelle drôle d’idée ! Ce sont des instables. A la moindre contrariété, ils changent l’ordre de leurs pages. Dans quel monde vivons-nous ?
Ma lignée à moi est beaucoup plus traditionnelle. Il fut un temps, pourtant, où l’un de mes aïeux un peu fantasque se fit tatouer, sur le dos, une série de chiffres en colonnes, que les enfants de l’époque devaient connaître par cœur. Heureusement, ce temps-là est révolu et à la simplicité, nous sommes revenus.
Bien sûr, ils y en a qui cherchent l’originalité pour se faire remarquer : certains impriment des illustrations sur leur front. Attention, plus question de Cendrillon ou de Tilapin. Même si Tintin a encore la cote, ce sont les super-héros intergalactiques qui plafonnent dans les hits des ventes. C’est cela le nouveau millénaire…
Pour ma part, je préfère le classique. N’allez pas imaginer que je me camoufle dans ce raide papier bleu ou que je me vautre dans ces chemises en plastique inconfortable. Non, je reste moi. Moi, le cahier neuf qui sens le papier frais et qui attends, désespérément, qu’une petite tête blonde malhabile couche son nom sur mon corps.

Écrit par Hollynx   |     |   |   13 passage(s)

08/08/2006

Passe l'orage

L’orage se dessine dans le ciel. L’orage se faufile dans mes oreilles, se pose sur ma peau et s’impose dans mes narines : ça sent l’orage !
Il obscurcit, gronde, rend moite et parfume l’atmosphère. Il ne pleut pas. Il va pleuvoir.
De plus en plus noir. De plus en plus sourd. De plus en plus lourd. De plus en plus de relents.
Le vent se lève, les oiseaux se taisent. Les gouttes se mettent à tomber, petites et légères puis lourdes, si lourdes, comme l’ambiance qui règne. Les arbres se tordent de douleur de voir leurs branches secouées qui perdent fruits et feuilles.
Il pleut. Il pleut de plus en plus fort. La pluie se verticalise, encore plus lourde. Elle vient de haut. Elle s’écrase bruyamment sur le sol.
La densité se fait tout à coup plus légère. Le tonnerre et les éclairs s’éloignent, tandis que la terre évapore une odeur de renouveau. Une goutte par-ci, une goutte par-là. Les arbres pleurent leurs fleurs. Un chien aboie et réveille les oiseaux. Mon voisin sort à nouveau ses meubles de jardin et je me souviens. Je me souviens de l’instant d’avant, déjà si loin, où la nature et moi faisions corps et je me sens bien.

Écrit par Hollynx   |     |   |   4 passage(s)

02/08/2006

Texte à deux têtes

Un béret, ça n’a pas de sens. Sens unique. Le seul qu’il connaisse, toujours le même sans véritable issue.
Il suffirait pourtant de peu de chose, pour qu’il devienne un chapeau. Chapeau pointu, turlututu.
Dans ce cas, c’est lui qui porterait le chapeau mais cela n’a pas de sens. Sens interdit. Le seul qu’il espère, cet homme qui porte son béret sans intérêt.
Un béret noir, désespérément noir comme ce brevet qu’il n’aura pas, ce brevet qu’il n’aura jamais.
Voyez-vous le béret sur la tête de ce benêt qui l’échangea un jour contre une casquette ?
Une casquette, ça a deux sens. Sens alternatif. Le seul qu’il n’emprunta pas. Il suffisait de si peu de chose pour qu’il devienne haut-de-forme.

Écrit par Hollynx   |     |   |   6 passage(s)