30/05/2007

Plume

Missing imageEt la plume vint s’échouer sur le sable. Elle s’égara en pensées avant de s’ennuyer ainsi couchée sur le sol. Elle en avait vu du pays, elle en avait fait des voyages. Maintenant, elle gisait sur terre et ne distinguait plus le ciel qu’à l’envers. Elle l’avait traversé dans tous les sens, elle l’avait visité dans toutes les directions et pour la première fois, elle le regardait d’en bas. Les bourrasques étaient désormais des caresses et la pluie une agréable ondée. Pourtant, elle se sentait prisonnière de ce support sans relief, sans sensation et sans vertige. Elle regrettait ses sœurs et ne rêvait que de les voir s’échouer à leur tour à ses côtés.

Un enfant vint à passer, il la saisit et la piqua dans son château de sable tout neuf. Une jeune fille passa à son tour, elle la fixa à son oreille. Un poète croisa sa route et la plongea dans son encrier. Elle crut mourir écrasée par les sauts du garçonnet, elle se sentit défaillir au sommet du crâne de la femme en devenir et elle pensa se noyer illico, une fois plongée dans l’encre noir de l’écrivain du dimanche.
Alors, elle ferma les yeux et fit un vœu. Ainsi s’achève mon histoire car, de divulguer un souhait, rien de possible ne permet.

Écrit par Hollynx   |     |   |   5 passage(s)

21/05/2007

Un matin sans pareil

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Un petit coin de paradis comme on n’en fait plus, le soleil en invité. Un petit coin de soleil comme on en rêve, le paradis en prime. Il faisait beau, il faisait chaud, le garçon profitait du paysage, les yeux à l’horizon d’une terre qui l’avait vu naître 14 ans plus tôt. Une brise légère lui caressa le visage tandis qu’une mèche de ses cheveux couleur corbeau lui cacha la vue l’espace d’un instant. Quand il distingua à nouveau la vallée, celle-ci n’avait plus le même visage. Qu’avait-elle de différent pour que Stéphane en fut à ce point troublé ?
Le jeune homme se redressa sur ses jambes longilignes et recula de trois pas avant de se rapprocher à nouveau du bord du rocher. Son cœur se mit à battre plus vite qu’à l’accoutumée et, tournant précipitamment les talons, il s’élança vers le chemin en serpent qui le conduirait à flan de colline jusqu’au village.

Il lui fallut moins d’une vingtaine de minutes pour atteindre la ferme la plus proche puis la route de campagne qui le conduisit ensuite sur la place de l’église où se tenait le marché hebdomadaire. Le souffle commençait à lui manquer tant son pas était précipité. Mais pourquoi diable courait-il ainsi un matin à tant d’autres pareil ?
Il prit la direction de l’école et ne s’arrêta de se hâter qu’une fois dans la cour. Celle-ci était silencieuse, on aurait pu entendre voler les mouches si le garçon n’avait eu la respiration aussi forte. Il regarda sa montre, elle indiquait 9h20. Il leva les yeux au premier du bâtiment de gauche et au travers des fenêtres ouvertes, il lui sembla entendre un murmure familier.

Ce n’était pas un matin à tant d’autres pareil, il y avait dans l’air un soupçon de maturité, un grain de sagesse, un élan d’épanouissement. Stéphane poussa la grande porte du rez-de-chaussée et se mit à gravir les escaliers, certain qu’on ne l’y reprendrait plus à faire l’école buissonnière.

Écrit par Hollynx   |     |   |   2 passage(s)

16/05/2007

Si la terre...

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Si la terre s’arrêtait de tourner, serait-ce comme pour le manège de la fête foraine duquel chacun descend chancelant pour s’éloigner gaiement ? Pourrais-je ensuite poursuivre mon chemin, l’oreille attentive aux musiques du monde, l’œil ouvert sur les couleurs du ciel, les narines chatouillées par les odeurs de la vie ?

Quand la terre s’arrêtera de tourner, aurai-je le droit d’y remonter pour un nouveau tour avec l’espoir d’y attraper la floche, afin d’y retourner encore ? Serai-je capable d’accepter d’en descendre sans larme et sans colère ?

La terre ne s’arrêtera pas de tourner, c’est moi qui , trop vieille pour ce carrousel, quitterai le manège en marche en laissant les autres s’amuser sans moi. Alors, qu’importe les flonflons, les tubes néon et les barbes à papa !

Écrit par Hollynx   |     |   |   1 passage(s)

11/05/2007

Le parapluie qui rêvait d’être une ombrelle

Missing imageLe petit parapluie n’aimait pas la pluie. Quel dommage , par ce temps d’orage ! Quand sur sa route, il sentait venir les gouttes, que ce soit celles d’une ondée, d’une pluie d’automne ou d’une averse drue et subite, il se racrapotait dans sa housse en espérant qu’on l’oubliât au fond du cabas.
Mais voilà, à chaque fois c’était la même histoire et le même désespoir : une main fébrile le saisissait et l’ouvrait sans précaution.

Un jour, il en perdit une baleine. Qu’à cela ne tienne, madame-qui-protège-sa-mise-en-pli l’exhiba ainsi estropié durant des jours et des jours avant de le faire réparer. Il aurait tant aimé être ombrelle et accompagner de jolies jeunes filles pâlottes ou de vieilles bigotes rougeaudes en balade dominicale mais il n’était que parapluie des villes, jeté au fond du sac, oublié dans le coffre de la voiture ou pire encore, sur la banquette d’un train de banlieue.

Sa destinée pris cependant un tournant le jour de ses cinq ans. Madame-qui-protège-sa-mise-en-pli avait un rendez-vous important, à quelques rues de son domicile. Pressée par le temps et l’envie de se montrer en public, elle l’emmena précipitamment. Puis, après quelques mètres, constatant que le temps n’était plus à la pluie, elle l’abandonna sur le rebord d’une fenêtre.
Une petite fille vint à passer. Elle remarqua le petit parapluie sur le rebord de la fenêtre et l’emmena avec elle. Elle ne devait pas être bien vieille et sautait d’un pied sur l’autre, élevant dans les airs sa nouvelle acquisition. Elle rencontra une copine et lui montra sa trouvaille. Ensemble elles décidèrent de se rendre au parc tout proche où d’autres enfants jouaient déjà. Tous vinrent voir le parapluie et demandèrent à la petite fille de l’ouvrir. Après quelques hésitations, elle parvint à étendre la toile qui se mit à briller pour la première fois dans le soleil de cette après-midi de printemps.
Qu’il était bon de se prélasser ainsi sous la chaleur des rayons ! Fin de journée, les bambins se dispersèrent mais Julie, tel était son nom, se balada encore un peu sur les chemins du parc le parapluie à la main et c’est ainsi qu’un simple parapluie devint, l’espace de quelques heures, l’ombrelle qu’il avait toujours désiré être avant de finir abandonné au fond d'un vieux coffre à jouets.

Écrit par Hollynx   |     |   |   4 passage(s)

06/05/2007

Le monde à l'envers

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01/05/2007

Lettre à une petite fille

Missing imageJe n’ai plus l’âge d’être mère. Je n’ai pas encore l’âge d’être grand-mère. Pourtant ce 26 avril 2007, j’ai fait l’intime connaissance d’une toute petite tête brune à peine sortie de l’œuf, qui fera désormais partie de ma vie de femme.

Peu importe qui elle est, peu importe qui elle sera, elle est là, déjà si présente auprès de moi. Prendre cet enfant de quelques heures dans mes bras et le regarder, capter son regard, lui parler comme à un être qui connaît la vie alors qu’il est vierge de toute perception, de toute parole, de toute sensation. Quels instants émouvants que de participer à ses premiers moments sur cette terre qu’il devra apprivoiser ainsi que nous, ses proches. Des gestes maladroits, aussi maladroits que la maladresse de cette femme en devenir qui tente déjà de relever la tête comme pour mieux cerner l’environnement qui sera désormais le sien. Une crainte de ne pas être à la hauteur, moi si grande face à ce petit bout mais finalement aussi petite que lui dans cette relation à deux. Apprendre à se connaître, à se reconnaître, à se découvrir, à s’aimer.

Il est facile pour l’adulte que nous sommes d’affectionner un tout petit, cela nous renvoie à l’histoire de l’enfant que nous avons été, de l’enfant que nous avons élevé, de l’enfant que nous avions rêvé, de l’enfant que nous ne sommes plus, de l’enfant que nous n’avons plus, de l’enfant que nous n’avons pas eu. Il est difficile pour ce petit être d’adopter le monde de l’adulte qui lui tend les bras sans même lui demander son avis. Je ne suis ni sa mère, ni sa grand-mère, juste une amie, un soutien, un bâton sur lequel se reposer en cas de problème.

J’espère que notre chemin sera paisible, rassurant, instructif, riche de vie et d’amour. Une rencontre de deux personnes que rien ne disposait à se rencontrer mais maintenant désireuses de marcher main dans la main sur la route de l’avenir.
Je nous souhaite beaucoup de plaisir tout au long de cette balade, qu’elle soit la plus longue possible et sans cesse pleine de découvertes enrichissantes pour toi comme pour moi. Sois toi, je serai moi, nous serons nous et tu deviendras la femme que j’aimerais admirer quand moi je serai une vieille dame aux cheveux gris.

Écrit par Hollynx   |     |   |   8 passage(s)